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plus humble : et soit que la vérité se manifeste immédiatement, soit qu'elle se révèle par la voix d'une autorité intermédiaire, toujours elle est le prix de la foi, et proportionnée à la foi dans son étendue, et à l'autorité dans sa certitude.

En vain lion objecteroit l'existence du paganisme pour montrer que la raison générale peut errer. Nous prouverons, dans un troisième volume, que tout ce qu'il y avoit de général dans le paganisme étoit vrai, que tout ce qu'il y avoit de faux n'était que des superstitions locales ou des erreurs de la raison particulière, et nous ferons voir, deplus, qu'on connoissoit parfaitement le moyen de discerner ces erreurs des vérités primitives, et qu'en tout ce qui concerne les croyances nécessaires et les devoirs de l'homme, l'autorité du genre humain étoit reconnue pour l'unique règle de foi ou de certitude, comme les catholiques reconnoissent l'autorité de l'Eglise pour l'unique règle de certitude et de foi.

Nous supplions nos frères séparés, à quelque seclc qu'ils appartiennent, de méditer sérieusement ces réflexions, et de se demander si leur culte. selon l'expression de l'Apôtre, est raisonnable1, c'est-à-dire, s'il est fondé sur la plus haute raison, sur la raison générale manifestée par le témoignage de l'Église 1 Que s'il ne repose, au contraire, que sur leur jugement particulier ou sur leur raison individuelle, comment s'assureront-ils qu'il est véritable? Comment feront-ils un acte de foi parfait, un acte de foi divine?

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Le catholique, dont la foi repose sur l'autorité de l'Eglise, qui n'est que l'autorité de Dieu même, commence son symbole en disant; Je crois en Dieu; mais le protestant, qui n'admet aucune autorité visible, doit nécessairement commencer le sien en disant: Je crois en moi.

Il ne lui sert de rien de prétendre qu'il admet l'autorité de Jésus-Christ et de sa parole contenue dans l'Ecriture; car, comment sait-il avec certitude que l'Écriture contient réellement la parole de JésusChrist? Comment connoît-il l'existence de JésusChrist lui-même? N'est-il pas l'unique juge de ces questions comme des autres? Avant.donc de dire: Je crois en Jésus-Christ, il faut toujours qu'il dise: Je crois en moi; et sa foi, pour être certaine, présuppose son infaillibilité personnelle, c'est-à-dire la plus palpable et la plus monstrueuse absurdité.

En effet, sur quoi reposent les croyances des protestants? Quelle en est la règle? La raison de chacun. C'est leur principe fondamental, l'unique point sur lequel ils s'accordent entre eux. « Un chrétien raison« nable (ainsi parle un de leurs ministres) doit tout « soumettre à l'examen, et n'admettre que ce qu'il a « reconnu bon et raisonnable1. » C'est-à-dire, qu'un chrétien raisonnable doit, en ce qui concerne la Religion, agir d'après une règle qui, s'il vouloit l'appliquer à la conduite entière de sa vie, seroit le comble de la déraison, puisque l'homme, pour se conserver,

1 Examen de la lettre de M. de Uallerà sa famille, concernant son changement rte religion; par le professeur Krug, de Leipzig, traduit de l'allemand, p. 27. Genève, 1821.

ou pour agir raisonnablement, est à tout instant forcé de croire, sans examiner, au témoignage des autres hommes ; et si, par une folie heureusement impossible , chacun d'eux s'obstinoit à tout soumettre à l'examen, et à n'admettre que ce qu'il aurait reconnu bon et raisonnable, la société se dissoudrait, et le genre humain périroit en fort peu de temps.

Mais enfin cette raison, seul juge de tous les devoirs de l'homme, de ce qu'il doit croire, aimer, pratiquer, est-elle infaillible dans ses décisions? Peutelle, ou non, se tromper quand elle afïirme que tel dogme ou tel précepte est bon et raisonnable"!

Si on la suppose infaillible, comme il n'est rien de plus divers, de plus opposé que ses jugements, que ce qui semble bon et raisonnable à une raison paroit mauvais et déraisonnable à une autre raison qui doit être également infaillible, il s'ensuit qu'en Religion et en morale, tout est vrai et tout est faux, ou, en d'autres termes, qu'il n'existe ni vérité, ni erreur, ni lois, ni devoirs envers Dieu ni envers les hommes.

Si la raison n'est pas infaillible, si elle peut se tromper, jamais elle ne sera certaine qu'elle ne se trompe point. Les croyances dès lors deviennent de pures opinions ; les opinions de simples doutes, la religion et la morale un grand problème éternellement insoluble. Au milieu de ces ténèbres où la foi s'évanouit, quoi deplus absurde que de prescrire aux autres, ou de se prescrire à soi-même une confession de foi invariable, un symbole? Qui peut dire si ce qui lui paroît aujourd'hui bon et raisonnable, le lui paroiIra demain? Et qu'est-ce d'ailleurs qu'un symbole qui n'obligeroit point l'esprit, qu'on pourrait modifier, admettre ou rejeter à son gré, un symbole dont chaque article ne serait pas une vérité certaine, une vérité-loi, mais un doute? On renoncera donc à tout symbole, comme un ministre de Genève y invite les protestants1; et, fidèles à leurs principes, les chrétiens raisonnables n'oseront imposer à qui que ce soit l'obligation de prononcer cette parole : Je crois en Dieu!

Voilà où il en faut venir nécessairement quand on ne reconnoît point d'autorité qui ait le droit de commander la foi. En défendant l'autorité, et non-seulement celle de l'Église, mais encore celle du genre humain; en prouvant que la certitude n'a point d'autre base, nous avons donc défendu tout ensemble et la religion et la morale, toutes les lois et tous les devoirs, et la société humaine aussi bien que la société divine.

Au reste, dans un sujet si grave, ce que nous de

1 Coup d'œil sur les Confessions de foi, par J. Heyer, pasteur à Genève, 4818. — Rousseau avait iléjà prouvé qu'un symbole était une contradiction dans la Réforme. « L'Église de Genève, disoit-il, n'a donc « et ne doit avoir, comme réformée, aucune profession de foi précise, « articulée, et commune à tous ses membres. Si l'on vouloit en avoir « une, en cela même on blesseroit la liberté évangélique, on renon« ceroit au principe de la réformation; on violeroit la loi de l'Etat. Toutes « les Eglises protestantes qui ont dressé des formules de profession de « foi; tous les synodes qui ont déterminé des points de doctrine, n'ont « voulu que prescrire aux pasteurs celle qu'ils devoient enseigner, et « cela étoit bon et convenable. Mais si ces Églises et ces synodes ont « prétendu faire plus par ces formules, et prescrire aux fidèles ce « qu'ils devoient croire; alors, par de telles décisions, ces assemblées « n'ont prouvé autre chose, sinon qu'elles ignoraient leur propre Re« liginn. » heures écrites de la Montagne, p. 04, 65. Paris, 1793.

mandons surtout, c'est de l'attention et de la bonne foi. Certes, il est étrange qu'il soit nécessaire d'engager les hommes à être attentifs, quand il s'agit d'euxmêmes et de leur premier intérêt: et cependant nous ne nous flattons pas de l'obtenir du plus grand nombre. Les préjugés, l'entraînement, les distractions, il n'en faut pas tant à un être d'un jour pour qu'il refuse d'examiner ce qui, après tout, n'est qu'éternel. Espérons pourtant qu'au moins quelques-uns comprendront l'importance d'un pareil examen, et l'entreprendront avec les dispositions du cœur qui peuvent le leur rendre utile. Nous vivons dans un temps où tout porte à la réflexion les esprits sérieux. Tout passe, tout s'en va, la terre fuit sous nos pieds : c'est, ce semble, ou jamais, le moment de s'informer s'il y a pour nous une autre demeure.

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