Obrázky na stránke
PDF
ePub

verte que lorsque le jugement d'une raison supé. rieure ou plus générale confirme le sien ; parce que Dieu, qui s'est plu à l'enrichir de ses dons, lui a refusé le plus élevé de tous, l'infaillibilité. Il a voulu qu'elle n'appartint qu'à la raison universelle. Sans cela, comment la société se seroit-elle établie ? commnent subsisteroit-elle ? Pour qu'elle fût possible, il falloit que l'homme pût parvenir à la certitude, et n'y pût parvenir seul. S'il étoit infaillible, il se suffiroit à lui-même. Retiré dans son orgueil, il passeroit sa vie entière à se contempler et à s'adorer. Tout l'ordre moral seroit ébranlé, et peut-être anéanti. Les anges mêmes n'étoient pas personnellement infaillibles, puisqu'un grand nombre d'entre eux espérèrent vaincre le Tout-Puissant; et je doule qu'aucun être créé, et dès lors nécessairement imparfait, pût éviter le sort de ces esprits superbes, si réellement il possédoit l'infaillibilité. Sa nature fléchiroit sous le poids de cette divine prérogative.

Mais veut-on voir tout ensemble et la force de la raison particulière et ses limites, que l'on considère Bossuet, Descartes, Malebranche, Fénelon, Pascal, pénétrant dans les profondeurs des dogmes chréliens, et recueillant, pour ainsi dire, tous les rayons qui s'échappent de leur sainte obscurité, afin qu'ainsi réunis ils pussent frapper les yeux les plus foibles. Quelle vigueur de raisonnement! quelle fécondité ! quelle sublimité de vues ! Est-il rien qui montre davantage la grandeur de l'esprit humain? Et cependant ces puissants génies ne s'appuyoient que sur la foi, pour s'élever à cette hauteur qui nous étonne; et l'autorité, leur juge et leur réglc, les assuroit scule qu'ils ne s'égaroient pas dans l'espace immense en croyant s'approcher de la source de la lu.. mière, et qu'en développant les conséquences de vérités certaines, en cherchant les rapports qui les unissent, ils ne s'écartoient point, à leur insu, de ces vérilés. Car, du reste, tous pouvoient se tromper, ct il n'est pas un d'eux qui ne se soit en effet trompé bien des fois; et n'est-ce pas Bossuet qui a dit : « A « peine crois-je voir ce que je vois, et tenir ce que je « tiens, tant j'ai trouvé souvent ma raison fautive'! » Après cela nous pouvons tous, je pense, faire le même aveu sans rougir.

Il nous reste à rendre compte de celte nouvelle édition de notre ouvrage. On s'est plaint qu'il manquoit quelquefois de développements nécessaires, et nous sommes déjà convenu, dans notre Défense, de la justice de ce reproche. Nous avions trop abrégé ce qui devoit être traité avec plus d'étendue, et la clarté cn a souffert. Pour réparer, autant qu'il est en nous, ce défaut très-réel, nous avons étendu le texte en beaucoup d'endroits, et ajouté un grand nombre de notes, soit pour éclaircir ce qui a paru obscur, soit pour montrer, par des passages des Pères et d'autres écrivains anciens, que notre doctrine n'est pas aussi nouvelle qu'elle avoit d'abord semblé l'être à quelques personnes. Nous aurions pu aisément multiplier ces citations, mais c'eût été une surcharge à peu

+ Sermon pour la fête de tous les saints, Tome I, p. 70, Édit, de Versailles,

près inutile, et d'ailleurs elles trouveront leur place, au moins les plus importantes, dans le volume sui

Deux théologiens étrangers, aussi savants que modestes, ont bien voulu nous indiquer, dans le chapitre xve?, deux passages où l'expression n'étoit pas assez exacte. Ils nous ont fait observer, avec une parfaite raison, qu'en parlant de la nature divine il ne suffisoit pas que la pensée fût orthodoxe ; mais qu'en un sujet si élevé, et où la moindre erreur pouvoit être si dangereuse, il falloit encore avoir soin de ne s'écarter en aucune façon du langage théologique consacré, et qui est comme la sauvegarde de la pureté du dogme. Nous avons corrigé les passages qui avoient donné lieu à cette juste observation, et nous aimons à offrir ici l'hommage de notre reconnoissance aux hommes respectables qui, par leurs doctes conseils, nous ont aidé à nous réformer.

[ocr errors][merged small]

PRÉFACE

La première partie de l'Essai sur l'indifférence en matière de Religion parut il y a deux ans. La bien

veillance avec laquelle elle fut accueillie montre com· bien les peuples sentent le besoin de la vérité; et combien il seroit facile de rétablir son règne, si les gouvernements secondoient cet heureux mouvement des esprits, s'ils connoissoient leur force, s'ils avoient foi dans la puissance que Dieu leur a donnée.

Mais, au contraire, ils se croient plus foibles que toutes les erreurs, plus foibles que toutes les passions. Ils ont des désirs, et point de volonté. Irrésolu, craintif, le pouvoir demande grâce, comme s'il ignoroit que le peuple ne l'accorde jamais. La royauté descend de peur d'être précipitée, et on la voit partout occupée d'écrire son testament de mort. Hélas ! elle auroit pu s'épargner ce dernier soin ; elle n'a pas d'espérances à léguer.

« PredošláPokračovať »