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rectifie, à qui sans cesse il en appelle par un penchant indélibéré, qui n'est que le sentiment du besoin, et pour ainsi dire la faim de lame, qui demande sa nourriture. De cette manière, et sans que la réflexion y ait aucune part, le témoignage devient la règle de ses jugements, le moyen par lequel il discerne le vrai du faux. S]il refusoit de croire ce qu'on lui dit,, s'il vouloit en trouver la certitude 'en lui-même, jamais son esprit ne se développeroit. Or, que d'idées, que de connoissances certaines, l'enfant ne possèdc-t-il pas avant d'avoir atteint l'âge qu'on appelle de raison, et qui seroit mieux nommé l'âge du raisonnement ? En continuant de vivre, il continuera de croire; l'autorité demeurera sa règle; seulement elle lui aura ellemême aopris à distinguer entre plusieurs autorités quelle est la plus grande, et à reconnoître ainsi, et toujours par le témoignage, les erreurs qui auroient pu lui être suggérées. Tous tant que nous sommes, philosophes ou non, voilà comme nous avons commencé ; voilà comme notre intelligence est sortie de ses ténèbres natives, comme elle s'est étendue, fortifiée : et l'on veut que la loi qui la perfectionne, qui la conserve, soit opposée à celle par qui seule elle a pu d'abord exister!

Les objections contre la certitude que chaque homme, considéré individuellement et sans relation avec ses semblables, prétendroit trouver en soi, peuvent, je le sais, se rétorquer contre la certitude qui résulte du consentement commun. Aussi ne cherché-je point à l'établir par la raison. Maintenant cela seroit impossible; on verra plus tard pourquoi*. Je ne développe pas un système , je constate des faits.

"Toute certitude repose sur la connoissance de Dieu. Avant de savoir qu'il existe, on peut apercevoir et constater des faits relatifs à notre nature; mais on ne sauroit trouver la raison de rien. Or, la certitude rationnelle n'est autre chose que la raison de ce qui est.

Il est de fait que souvent les sens nous trompent, que le sentiment intérieur nous trompe, que la raison nous trompe, et que nous n'avons en nous aucun moyen de reconnoitre quand nous nous sommes trompés, aucune régie infaillible du vrai. C'en est assez, comme on l'a vu, pour ne pouvoir rigoureusement affirmer quoi que ce soit, pas même notre propre existence. Rien n'est prouvé, parce que les preuves mêmes auraient besoin d'autres preuves, et ainsi en remontant jusqu'à l'infini. Dans cet état, la raison nous ordonne de douter de tout; mais la nature nous le défend. « Elle soutient, dit Pascal, la rai« son impuissante, et l'empêche d'extravaguer jusqu'à ce « point1.

1I est de fait qu'il n'existe point, qu'il n'exista jamais de véritable pyrrhonien; que le doute universel, absolu, auquel nous condamne une sévère logique, est impossible aux hommes ; que tous, sans exception, croient invinciblement mille et mille vérités, qui sont le lien de la société et le fondement de la vie humaine. Pour s'en convaincre, il n'est pas besoin de les interroger, il ne faut que les regarder agir. Le plus intrépide sceptique se détournera s'il aperçoit un précipice à ses pieds; il ne prendra point indifféremment du poison pour des aliments ; il ne confiera point sa fortune à un fripon reconnu pour tel, ni sa vie au scélérat intéressé à la lui ôter. Voilà la voix de la nature; on ne saurait l'étouffer ni la méconnoitre. Que sert à Pyrrhon de nous vanter son prétendu scepticisme, t indis qu'il ne peut faire un pas, ni proférer un mot sans se démentir hautement ? S'il est assez, fou, selon l'expression de Montaigne, il n'est pas assez fort ; et malgré sa résistance , une invincible et puissante main courbe son esprit altier sous le joug des croyances communes.

1 Pennées de Pascal, art. XXI.

Il est de fait, enfin, qu'un penchant naturel nous porte à juger de ce qui est vrai ou faux d'après le consentement commun, ou sur la plus grande autorité; que, pleins de défiance pour les opinions, les faits dépourvus de cet appui, nous attachons la certitude à l'accord des jugements et des témoignages ; que si cet accord est général, et plus encore s'il est universel, on cesse d'écouter les contradicteurs, et d'essayer de les convaincre; on les méprise comme des insensés, des esprits malades, des intelligences en délire, comme des êtres monstrueux qui n'appartiennent plus à l'espèce humaine *. Et il ne faut pas s'imaginer que les hommes soient injustes en cela. On ne raisonne point avec les fous, quoique les fous mettent quelquefois beaucoup de suite dans leurs raisonnements. Or, l'unique preuve qu'on ait de la folie de ceux qu'on enferme est la complète opposition de leurs idées avec les idées reçues; et la folie consiste à préférer sa propre raison, son autorité individuelle, à l'autorité générale ou au sentiment commun**.

'S'il se Irouvoit, dit Keijoo, un véritable sceptique, il ne faudrait bas le considérer comme un philosophe, mais comme un fou. Le scepticisme ne peut pas proprement être appelé une manière particulière de philosopher; on doit plutôt l'appeler une manière particulière de délirer : « Y si huho alguno, que verdaderamente asinliese à él (cl scep« ticismo) , no debe considerarsc eomo filosolb, sino cortio fatno : y K este modo particular de iilosofar impropiamente se puede llauiai « tal, debiendo à justa razon llamarsc un modo particular de delirar. » Teatro crilico, Discurso Xtll, t III, p. 282. Madrid, 1737.

Cela souffre si peu de doute, que les médecins mêmes ne peuvent donner d'autre définition de la folie. « Cet état devient bientôt tfiani« leste aux yeux de tout le monde, lorsque tel homme, qui jouissoil a auparavant d'une bonne santé, porte, quoique éveillé, un jugement « faux ou erroné sur les rapports d'objets qui se rencontrent le plus « fréquemment dans le cours de la vie, et sur lesquels les hommes « portent le même jugement...; qu'il méprise les avis qu'on lui donne; « qu'il manifeste la conviction intime que tous les autres, hors lui

Sortez de là, cherchez ailleurs une règle de certitude, vous ne trouverez que des motifs de doute, et vous verrez peu à peu lediflce entier de vos croyances s'abîmer dans un vide elfrayant. Dès qu'on la veut charger d'une vérité quelconque, la raison débile ploie sous le faix, incapable du se soutenir elle-même. Elle ne sait ce qu'elle est, ni si elle est ; son existence même lui est un problème, qu'elle ne peut résoudre qu à l'aide de l'autorité du genre bulnain; et tout être créé qui ose dire : Je suis, n'énonce pas un jugement, mais proteste de sa foi en un mystère impénétrable, et proclame, sans le comprendre, le premier article du symbole des intelligences*. Pour peu qu'on arrête son attention sur ce sujet impor

« seul, sont dans l'erreur. » Traité du délire, appliqué à la médecine, à la morale et à la législation; par F. E. Foderé, t. I, p. 327. — Voltaire est d'accord avec les médecins, et j'en fais la remarque, parce qm; l'uniformité des définitions qu'on a données de la folie, est une chose extrêmement frappante. « Nous appelons folie, dit-il, cette ma« ladie des organes du cerveau, qui empêche un homme nécessaire« ment de penser et d'agir comme les autres. » Dictionn. philosoph., art. Folie.

L'existence d'un être contingent n'est concevable que par l'existence île l'Être nécessaire, dont la volonté est la raison de tout ce qui existe hors de lui. Oubliez un moment qu'il y ait un Dieu, comment pourrezvous être certain d'une existence impossible si Dieu n'est pas? Cependant toutes les philosophics établissent d'abord, comme une chose certaine, l'existence du Moi, soit matériel, soit sentant, soit pensant; toutes commencent par ce mot : Je suis, alors même qu'elles ignorent, ou qu'elles doutent si Dieu est. Si cette première affirmation n'énonçoit qu'une croyance et non un jugement de la raison, si elle signifioit simplement, Je crois que je suis, on la comprendroit; mais aucune de ces philosophics ne pourrait subsister. Aussi veulent-elles que l'homme, en dis-.mt : Jesuis, ait la certitude rationnelle qu'il est réellement; et îles lors, ou cette parole n'a aucun sens, ou elle suppose dans l'homme la nécessité do l'être, elle le suppose Dieu; et trouvant, comme lui, la rai on ou la certitude de son existence en lui-même, connue lui aussi, en se contemplant, il prononce qu'il est, et se définit par ce caractère: Kp xiim qui su un

tant, raille considérations, que j'ai été contraint de négliger pour ne point dépasserles bornes que je dois me prescrire, viendront, je le dis avec assurance, fortifier les principes établis dans ce chapitre. Ce n'est pas que je les suppose à l'abri de toute objection; non certes : on y peut opposer des difficultés sans nombre. Autrement il seroit faux, qu'habile seulement à renverser, la raison ne sût rien affirmer inébranlablemeut. Plus ses arguments seront spécieux , mieux ils confirmeront ce que j'ai eu dessein de prouver, qu'elle n'est propre qu'à créer des doutes, et qu'à jeter l'esprit, quelles que soient les questions qui l'occupent, dans une pénible indécision, et dans des ténèbres désespérantes*. Mais il n'en restera pas moins vrai que, par une suite de notre nature, le consentement commun détermine notre adhésion; que nous n'avons point d'autre

Toutes les objections qu'on nous a faites se réduisent, en dernière analyse, à une seule. On n'a pu contester notre principe fondamental: Ce que tous les hommes croient être vrai, est vrai; car c'eût été niella raison humaine. Mais on a dit : Vous ne démontrez pas ce principe qui sert de base à toute votre doctrine; en d'autres termes, vous ne vous réfutez pas vous-même, vous n'admettez pas la philosophie que votre but est de combattre, vous ne faites pas ce que vous soutenez partout qu'il est impossible de faire, c'est-à-dire prouver par le raisonnement une première vérité, d'où l'on déduise ensuite toutes les autres; vous ne supposez pas l'infaillibilité de la raison individuelle que vous niez expressément. Comment donc s'entendre avec vous? comment s'accorder? Nous ne voyons aucun moyen de défendre la philosophie que vous attaquez; nous ne voyons pas davantage comment nous pourrions renverser la vôtre sans détruire en même temps toute certitude et toute vérité. Cependant, pour l'admettre, il faudrait qu'elle fût établie par' notre méthode, que vous rejetez pour des raisons auxquelles nous n'avons rien de solide à répondre. Vous dites, et même' vous montrez fort bien qu'elle conduit et ne peut conduire les esprits conséquents qu'au scepticisme et à l'erreur : eh bien, fondez sur elle votre doctrine, prouvez ainsi qu'elle est fausse par vos propres principes, et nous la reconnoîtrons pour vraie. (Note delà quatrième édition.) K

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