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DE

L'ESSAI SUR L'INDIFFÉRENCE

EN MATIERE

DE RELIGION.

PAR M. L'ABBÉ F. DE LA MENNAIS.

Magna vis est veritatis, quæ , cum per se intelligi

possit , per ea tamen ipsa quæ ei adversantur ,
elucet; ut immobilis manens, firmitatem animæ

dum attentatur , acquirat.

suæ,

S. HILAR. , Pictav. de Trinit. lib. VII.

TROISIÈME ÉDITION.

PIB

100%

PARIS,

A LA LIBRAIRIE CLASSIQUE-ÉLÉMENTAIRE ET CATHOLIQUE
DE BELIN - MANDAR ET DEVAUX,

Rue Saint-André-des-Arts, n° 55;
ET À BRUXELLES, MÊME MAISON,

Rue de la Chancellerie , place Sainle-Gudule.

1828.

979.

.

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L'incrédulité fut le caractère du dernier siècle; le nôtre est le siècle du doute. La raison, épuisée par un long combat contre la foi, n'a pas même la force de nier. Elle se défie également de la vérité et de l'erreur; et, parmi les hommes qui ne sont pas chrétiens, ce n'est plus la persuasion, mais les convenances et les intérêts qui déterminent les opinions, et celles même qu’on défend avec le plus de chaleur. On vit dans une sorte de scepticisme pratique, comme s'il n'existoit rien de vrai ni rien de faux, ou qu'il fût impossible de les discerner. Après avoir tout soumis au raisnnnement, fatigué de ses vaines promesses, on a perdu la confiance qu’on avoit en lui. Sur quelque objet que ce soit, la discussion n'est qu'un jeu de l'esprit, ou un calcul des passions. On ne parle plus pour convaincre; on n'écoute plus pour s'éclairer, mais pour répondre ou pour passer le temps. Répandez une vive lumière sur un sujet quelconque, on dira : Cela peut se soutenir. Voilà le plus grand triomphe auquel la logique et l'éloquence puissent prétendre aujourd'hui, et elles le partagent avec le sophisme. Les preuves ne prouvent plus, elles étonnent; les esprits les sentent sans y acquiescer. Une chose dont ils doutoient d'abord, parce qu'elle leur paroissoit obscure, ils, en doutent ensuite, parce qu'ils présument qu'avec le temps elle leur paroîtra moins claire : il n'existe pour eux que des appa

rences.

Cette disposition sceptique, ils la portent principalement dans la Religion. Cene sont plus ces efforts du raisonnement contre le christianisme, ces argumentations hautaines du dernier siècle. Je ne crois pas, je ne puis croire, voilà maintenant le mot avec lequel on répond à tout, l'unique difficulté, l'unique objection ; et l'on ne trouve partout que le doute à combattre. Il règne au fond des ames; il y étouffe l'espérance, le desir mêine de connoître la vérité : et combien n'avons-nous pas vu d'infortunés de tout âge et de toute condition l'emporter jusque dans le tombeau!

Frappé des ravages que fait chaque jour cette funeste maladie, nous en avons cherché la cause, et nous avons cru la découvrir dans la philosophie qui, rendant la raison de chaque homme seule juge de ce qu'il doit croire, ne donne aucune base solide à ses croyances, ni aucune règle sûre à ses jugemens; et nous montrons en effet, dans le second volume de l'Essai et dans notre Défense, que cette philosophie a toujours abouti au scepticisme, et qu'elle doit nécessairement y conduire tout esprit qui est conséquent.

Elle commence par placer l'homme dans un état d'isolement complet ; et puis,

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