Obrázky na stránke
PDF
[ocr errors]

MOORE (Tuomas), dont nous imprimons ici l'oille vrage qui a fait peut-être à son auteur le plus de célébrité, est un des auieurs contemporains les plus remarquables de l'Angleterre. Parmi les nombreux écrits qu'il a publiés, nous citerons : The Epicurean, a Tale, Paris, 1827, in 12 : la traduction de cel 01. vrage parut, la même année, en un volume in 12, sous ce lilie : L'Epicurien ou la Vierge de Memphis; Irish Melodies complele : lo which are added Nutional Melodies, elc., Bruxelles (Paris, Galignani), 1822, Sort vol. in-12; The same, sucre Melodies, nalionul Airs. evenings in Greece, Canzonels, Songs and Ballads, etc., Paris, 1829, 2 vol. iu-52; M** L. Sw, Belloc a donné une trad. de ces mélodies à la suite des Amours des anges, dont nous parlerons plus bas; Lalla Rookli, on la princesse lugole, histoire orientale,

traduile de l'anglais par M. Amédée Pichail, Paris, 1820,
2 vol. in-12; Lellers and Journals of lord Byror :
With notices of his life, Paris, 1830, 4 vol. in-12;
The Life and death of lord Edward Fitzgerald.
Paris, 1834, in-12; The Loves of the Angels, a Poem.,
Paris, 1823, grand in-8° el in-12 : trad. par 11" Louise
Belloc, sous ce litre : Les Amours des anges , et les
Mélodies irlandaises, depuis Henri 11 jusqu'à l'Union,
ou Mémoires du capilnirc Rock, le fameur chef irlan ·
dais, etc., Paris, Galignani, 1824, in 12; Mémoires
sur la vie privée, politique et lilléraire de Richard Brin-
deley Sheridan, Paris, Galignani, 1825, 2 vol. in-
12; etc. Les diverses Quvres de Thomas Moore ont
été réunies sous le titre de : Complete prose and
poelical Works (his), Paris, A. and W. Galignani, 1832,
19 vol. in-12.

[ocr errors]

VOYAGES
D'UN IRLANDAIS

· A LA
RECHERCHE D'UNE RELIGION.

CHAPITRE PREMIER.

jamais beaucoup arrélé à considérer en quoi

la foi que je professais différait de celle des Monologue au second étaye. - Morifs pour embrasser le protestantisme. - Accident pro.

autres ; j'étais encore jeune, ne faisant quo videntiel. - Catéchisme antipapiste. - Bore

d'entrer dans ma vingi et unième année. Les

rapports de ma croyance avec ce monde dée d'épithètes. - Résolution définilive.

avaient élé d'une nature trop agitée pour me C'était le soir du 16 avril 1829, le jour laisser beaucoup le temps de penser à ceux même où parvint à Dublin la mémorable nou- qu'elle pouvait avoir avecl'autre vie, et je n'en velle que le roi avait donné son assentiment étais pas encore venu à l'état de dégradation au bill d'émancipation des catholiques. A ce des Grecs dégénérés, qui s'arrêlaient à dismoment, j'étais assis seul dans ma chambre, cuter sur la couleur précise de la lumière du au second étage, au collège de la Trinité; et mont Thabor, lorsque c'était cette lumière comme j'étais moi-même un de ces éternels de la vie, la liberté, qu'il s'agissait de désept millions d'honimes qui se trouvaient ainsi fendre. rendus à la liberté, après quelques moments Aussi ne voyais-je guère dans les protesde rêverie, jo me levai tout à coup avec un tants qu'une société de bourgeois hérétiques; tressaillement subit ; puis faisant quelques assez pauvres en fait de croyances, mais en tours dans ma chambre, d'un pas précipité, toute autre chose riches et opulents, qui goucomme pour faire l'essai d'une paire de jam vernaient l'Irlande suivant leur volonté rt bes émancipées, je m'écriai : « Dieu merci, je leur bon plaisir, en vertu de certains xxXIX u peux maintenant, si je le veux, me faire ARTICLES, lels que je n'avais pu encore m'asa protestant. »

surer clairement si c'étaient des articles do Le lecteur jugera aisément, par ce peu de guerre ou des articles de religion. paroles, quelle fut toute la suite de mes idérs Quant aux catholiqucs romains, bien que à ce moment d'exallation. Je me trouvais j'en fisse moi-mêmo parlic, je ne pouvais me affranchi non-seulement des peines altachées défendre de les regarder comme une race de: au titre de catholique, mais encore du point religionnaires cnlelés et passés de mode, d'honneur qui m'avait jusqu'alors mis dans qui on avail inut ravi bors leur croyanco une sorte d'impossibilité d'être rien autre (qui était pen -itre la chose qui méritait le chosc. Ce n'est pas, lousefois, que je me lusse moins d’êlre conservée), et qui justifiaient Dénonst. Évang. XIV.

(line.)

bien le reproche qu'on leur firisait d'être in- je me rappelle, sonnait huit beure, à l'isin capables de liberić, puisqu'ils s'étaient si stantoù commença ceite absorplion de mes lilonglemps el si obstinément résignés à de- cultés intellectuelles, et la même cloche ormeurer esclaves. En un mot, je sentais, comme lhodoxe sonna dix heures, avant que la quesont dû le sentir avant moi beaucoup de jeu- tion, me ferais-je ou ne me ferais-je pas protes. nes papistes à l'âme noble el élevée, que j'a- lant? fût en voie d'êlre définilivement résoluc; vais été non-sculement asservi, mais même el même si le papisme, pour ce soir-là du dégradé, en appartenant à une lelle secle; moins, ne resta pas maître du terrain, on le al quoique, si l'adversité eût continué d'exer- doit on grande partie à un accident que quelrer ses rigucurs contre notre soi, j'y fusse ques bonnes gens appelleraient providentiel. demeuré allaché jusqu'à la fin, décidé à mou- Sur la tablelle de la bibliothèque auprès do vir les armes à la main , en combattail de laquelle j'étais placé, se trouvaient quelques non mieux pour la transsubstantiation et le brochures éparses, vers lesquelles, au milieu pape, je n'étais pas fåché, cependant, de me de mes réflexions, j'éiendis la main presque voir échappé à la gloire douleuse d'un pareil s'eu m'en apercevoir; et saisissant la premartyre; ct si je me réjouissais beaucoup de mière qui se présenta, je vis que je tenais un voir mes compagnons de souffrance arrachés pelil traité, en forme de catéchisme, contre à l'esclavage, je me réjouissais encore davan- le papisme, publié, il y avait près d'un siècle, lage en pensant que je pourrais maintenant sous le litre de Résolution d'un protestant qui me séparer d'eux.

expose les raisons qui l'empêchent d'être paTels élaient les sentiments qui s'élevaient piste, etc. En feuilletant ce livre, les pre dans mon esprit par rapport au côté politi- mières phrases qui frappèrent ma vue furent que de ma croyance, et je ne voyais pas de celles-ci : raison d'en être beaucoup mieux satisfait en la « QUESTION. Pourquoi les protestants SC considérant sous le point de vue religieux sont-ils séparés de la religion romaine? Les sombres peintures que j'avais vu si con- «RÉPONSE. C'est que c'était une religion suslamment faire, dans les pamphlels el les perstitieuse, idolâtre, damnable, sanguinaire, sermons protestants, des croyances reli- traiire, aveugle et blasphématoire. » gicuscs du papisme, ni'avaient singulièrement Vue pareille bordée d'épithètes était un humilić el mortiGé ; et quand j'entendais des jugement décisif. Quel est l'homme, me disais. hommes d'un savoir éminent, et qui jouis- je en moi-même, qui pût rester plus longsaient dans le monde d'une grande estime, lemps altaché à une foi à laquelle on peut représenter la foi dont j'avais cu le malheur appliquer, avec quelque apparence de jusiice, (l'hériter de mes ancêtres, comme un système des expressions aussi lures et aussi révol-damnable d'idolâtrie, dont les doctrincs n'a- tantes ? Je me levai donc une seconde fois de vaient pas seulement de la lendance à en- mon siége incommode, et, agitant mon poing, courager l'imposture, le parjure, le meurtre comme pour braver l'abomination des sept et lous les autres crimes monstrueux, mais collines, je m'écriai en marchant de nouveau y conduisaient par une pentc nécessaire, je dans ma chambre, avec quelque chose de cet me troavais déjà disposé d'avance, par l'opi- air de suffisance qui se faisait déjà remarnion que je m'élais formée de mes frères pa- quer: Je serai protestant. pistes, à me rendre l'écho trop cumplaisant

CHAPITRE II. de toutes ces accusalions portées contre eux par leurs ennemis ; et encore que comme Sir Godefroy Kneller et saint Pierre. Dihomme et comme citoyen, je n'élevasse avec verses espèces de protestantisme. Résoluindignation contre toutes ces imputations, lion de choisir le meilleur. – Adicu aux comme catholique, cependant, jc mourais de abominations papistes. crainte qu'elles ne fussent que trop vraies.

C'était dans celte disposition d'esprit que Je me trouvais alors à peu près dans la je soupirais depuis si longlemps après la même siluation quc Godefroy Kneller, dans grande mesure de l'émancipation, comme le le rêve étrange qui lui est aliribué, lorsquc, ierıne de celle qucrelle ancienne, amère et se croyant arrivé, à ce qu'il s'imaginaii, à héréditaire, où la partie spirituelle de la ques- l'entrée du ciel, il y trouva saint Pierre qui, tion avait été suborilonnée à la temporelle; en sa qualité de portier, demandait le nom el et surlout comme une heureuse délivrance, la religion des différents candidats qui se prépour moi personnellement, de ce scrupuleux senlaient pour être admis dans le paradis, el, point d'honneur qui m'avait jusqu'alors, d d'après la réponse de chacun d'eux, les diritort ou à raison, retenu dans les bras du pa- geait vers la place assignée à leurs croyances pisme.

respectives. « El yous, monsieur, dit le saint Le lecteur saisit maintenant parfaitement à sir Godefroy, lorsque son tour ful venu, de Je sens de celte exclamalion subite qui,comme quelle religion êtes-vous ? » -- « En vérité, je l'ai dit, m'échappa dans ma chambre, au monsieur, répondit sir Godefroy, je ne suis deuxième étage, au collége de la Trinité, le d'aucune religion.» -- «Oh! alors, monsieur, soir du 16 avril : « Dieu merci ! je peux main- reprit saint Pierre, ayez la bonté d'entrer el a lcnant, si je le veux, me faire protestanl. » de prendre vous-même la place qui vous Ces mols énergiques ne se furont pas plutôl agréera. » échappés de mes lèvres, que je me rassis sur C'était à peu près dans ce même élal d'inma chaisc, ct me plongeai de nouveau dans dépendance en fait de croyance que je me incs rêverics. La clochc du collége, à ce que trouvais dans celle conjonclure crilique, aper: cevant devant moi le champ si varié du pro sance suflisante slu grec et du latin pour oser irstantisme, avec la faculté de choisir à mon cotreprendre d'étudier les Pères dans leur gré le lieu où il me plairait de me fixer dans propre langue; el en même temps que j'avais, la vaste enceinte qu'il offrait à mes regards, comme gradué, un libre accès à la biblioMais, quoique libre, cl maître, comme le vent, thèque de notre collége, j'avais aussi à ma de souffler il me plairait, ma position, en disposition les meilleures éditions de ces écrisomme, n'était pas, lant s'en faul, ce qu'on vains sacrés. Jusqu'alors je n'avais eu qu'une noul appcler confortable. Elle ressemblait à connaissance fort inédiocre de l'Ecriture; celle où se trouverait une âme dans le sys- mais le plan que j'adoptai en ce moment était tème de la métempsychose, à cel instant cri- de faire marcher l'élude du volume sacré tique où il lui faudrait quitter un corps pour concurremment avec l'élude des ouvrages de passer dans un autre; ou plutôl c'était com- ceux qui en surent les premiers interprètes. me un mot mal traduit, que, suivant la re- de sorte que le texte et le commentaire, en marque d'un écrivain spirituel, on a fait sor- verlu de ce rapprochement, pussent s'éclaitir d'une langue sans le faire entrer dans une rer mutuellement. autre.

Me voilà donc, avec un zèle dont la sincéQuoique je fusse aussi ignorant, à celle rité méritait au moins quelques succès , traépoque de ma vie, en tout ce qui concerne vaillant, le dictionnaire à la main, à leuvre la religion, que le pouvait être tout jeuile de ma propre conversion ; et le léger sentihomme élevé dans une université, se desti- ment de mépris avec lequel je reportais mes nât- il même aux saints ordres, j'avais cepen. regards sur mon ancienne croyance, était dant naturellement de très-vifs sentiments de Jéjà un grand pas de fait vers l'adoption d'un piélé, et, depuis mon enfance, j'avais, cou- nouveau symbole. Disant donc un joyeux el, lume de m'agenoniller tous les soirs pour comme je l'espérais, un élernel adieu au laire ma prière, avec un degré de confiance long catalogue des abominalions papisles, en la miséricorde et la grâce du Seigneur je veux dire, à la transsubstantiation, aux dont un professeur des Cing Points n'aurait reliques, au jeûne, au purgatoire, à l'invopas manqué de n'être pas peu scandalisé. cation des saints, etc, j'ouvrais mon esprit, C'était donc avec une entière bonne foi et en dévoué prosélyte, à ces vérités lumineuses une parfaite sincérité que je me mellais alors qui allaient bientôt luire sur moi d'une région pneuvre de choisir une nouvelle religion; plus pure des cieux. et comme je me sentais déterminé à faire

CHAPITRE III. tomber mon choix sur le protestantisme, j'avais résolu de choisir l'espèce de protestan- Je commence par le premier siècle. Le pape tisme la meilleure et la plus accréditée.

saint Clément. — Saint Ignace. Présence Mais comment venir à bout d'en faire le réelle. Hérésie des docètes. -- Tradition. discernemeol? Il y avait, dans un sermon - Reliques des saints. que j'avais autrefois enlendu prêcher par un des membres de notre université, une obscr

Ceux qui pensent que l'Eglise catholique, vation présentée avec force par le prédica

dans le cours des sièles, est déchue de sa puleur, que je rappelai alors à ma mémoire reté primitive, sont très-divisés d'opinion par pour me guider dans la recherche que je

rapport à l'époque où a dû commencer celle voulais entreprendre. « De même, disait le apuslasie. Quelqurs écrivains se montrent • prédicalcur, que les ruisseaux sont toujours

disposés à étendre l'âge d'or de l'Eglise à une a plus clairs en approchant de leur source,

époque aussi récente que le seplième ou le ainsi les premiers âges du christianisme huitième siècle (1), tandis que d'autres ren• sont ceux où il se trouve le plus pur. » Pre

ferment son ère virginale dans des bornes nant pour base ce principe évident, il s'ensuis beaucoup plus élroilcs (2). Mon grand objet vait, comme conséquence nécessaire, que je

(1) Au nombre de ceux qui donnent une si longue devais avoir recours à l'enseignement et à la

durée aux beaux jours de l'Eglise, comme il les aipratique des siècles primitifs de l'Eglise, pour pelle, on doit compler le célèbre ministre hoguenot découvrir les véritables doctrines et les véri- Caude, célèbre surtout par la sanglanle défaite qu'il tables pratiques du protestantisme; les chan- a éprouvée de la part des savants auteurs de la Per. gemenis survenus par la suile dans les croyan pélité de la foi. Il sera curieux de savoir quelle était ces comme dans la discipline des chrétiens

l'opinion que s'était formée de ce fameux champion ayant amené, si l'on en croit ce prédicateur,

du protestantisme, si préconisé de nos jours, un ce système corrompu de religion qui a été in

homme qui vécul dans sa société, et qui est bien

connu pour n'avoir pas ćié ennemi de si secle et de Iroduit duns le monde sous le nom odieux de

sit cause : « Cet hominc-là, dit Longncrue, était bon grapisme, remonter lout d'abord à celle au

à gouverner chez madame la maréchale de Schom rore de notre foi et me bici pénétrer des berg, où il régnait souveraincment; mais il n'était idées et des croyances de ceux qui furent point savant. Parlez-moi, pour le savoir, d'Aubertin, elairés les premiers de sa lumière , étaii, de Daillé, de Blondel. » sans nul doute, le seul moyen efficace d'al- D'après le livre des llomélies, la religion chréteindre le grand objcl que j'avais en vuc, siis

tienne était dans toute sa pureté el clans son vérilit. soir, de une faire protestant, suivant le lype

bile âge d'or au lemps de Constantin (en l an de J.-C.

324). 7 le plus pur el le plus orthodoxe.

(2) Priestley, par exemple, pour arriver à son bild. j'avais suivi avec une grande altention le regarde tout le temps qui s'est éroulé jusqu'à la juu cuurs des études classiques enseigné dans d'Adrien ( an de J.-C. 138), coinc Ternant leren vuire université; j'avais donc ulie connais pure al virginale de l'Eglise.

MINDERBROEDERS
NIJMEGEN

[ocr errors]

étant, autant que possible, integros accedere ver un pape ou un évêque de Rome présidant fontes, de remonter aux sources pures , je aux destinées de toui le monde chrétien à voyais que plus baut je serais remonter mes celte époque primitive, je sus infinimeni recherches, en me rapprochant autant que plus surpris et stupéf.it de ce qui s'offrit å possible de la source même, mieux ce serait; nies regards dans les pages écrites par c'est pourquoi je commençai mon travail par saint Ignace, cet écrivain nourri, pour ainsi consulter les écrits des cing saints docteurs dire dans le berceau de notre soi, et qui qui ont été honorés du titre de Pères aposto étant un des premiers qui avaient suivi les liques, comme ayant tous les cinq conversé pas du divin guide, était de ceux dont j'avais ivec les apôtres ou leurs disciples.

moins le droit d'attendre une doctrine si Grande fut alors ma surprise, elil 'y méla, essentiellement papiste, que j'avais toujours je l'avoue, un léger senliment de remords, élé porté à regarder comme une invention Jorsque, dans la personne d'un de ces écri- des âges de lénèbres, et qui ne s'était mainvains apostoliques, si remarquables par leur tenue qu'en faisant insulle à la raison et aux simplicité, je vis que j'étais tombé sur un sens : je veux dire la doctriné de la présence pape, un vrai pape, le troisième évêque après réelle dans l'eucharistie (1!! saint Pierre, de ceite Eglise même de Rome En parlant des docètes ou fantastiques. que j'étais présentement sur le point de dé- secte d'héréliques qui prétendaient que le sirler pour sa moderne rivale. Cet évêque Christ n'avait été homme qu'en apparence. des temps primitifs, qui occupait ainsi le siége qu’un pur fantôme et qu'une ombre d'hude Romc, était saint Clément, un de ces com- manité, saint Ignace s'exprime ainsi: Ils pagnons des travaux de saint Paul, dont les s'éloignent de l'eucharistie et de la prière. noms sont écrits dans le livre de vie ; ct c'est parce qu'ils ne veulent pas reconnaitre que par saint Pierre lui-même, si nous en croyons l'Eucharistie est la chair de notre Sauveur Tertullien, qu'il avait été désigné pour être Jésus-Christ, celle chair qui a souffcrt pour son successeur. Cette preuve de l'antiquité nos péchés. Or, quand on considère que et de l'origine apostolique de l'autorité pa- le point capital de la doctrine des decèles pale , nc fit pas peu d'impression sur moi. était que le corps dont s'est revêtu Jésusu Un papel et c'est par saint Pierre lui-même Christ n'était qu'apparent, on ne saurait « qu'il est désigné, » m'écriai-je en commen- douter que la croyance particulière des orçant à lire le volume : « Oui, par l'Eglise de thodoxes, auxquels ils élaient opposés, n'éa saint Pierre et par saint Pierre aussi, cela tait autre chose que la persuasion où ils ( m'étonne singulièrement. » Il restait encore étaient que la présence du corps de Jésuscependant assez dans mon caur de celte Christ dans l'eucharistie était réelle. Il est vénération que j'avais eue autrefois pour le évident qu'une présence figurative ou nonpapisme, pour me faire parcourir avec un substantielle, comme le prétendent les prorespect tout particulier les écrits du pape testants , n'aurait en aucune manière offensé saint Clément; et je ne pus m'empêcher de leurs idées anlicorporelles, mais elle se voir que, même dans ces temps de simplicité serait au contraire parfaitement conciliée avec étrangers à la polémique, où il était si rare- celte vue entièrement spirituelle de la naturc ment besoin d'en exercer l'autorité, la juri- du Christ, qui avait conduit ces hérétiques diction du siége de Pierre était pleinement à nier la possibilité de son incarnation. reconnue.

Celle preuve gênante et irrésistible qui Un schisme, ou plutôt comme l'appelle s'offrait à moi, dès le début mêine de mes saint Clément lui-même, une sédition folle et recherches de l'existence d'une semblable impie (1), s'élant élevé dans l'Eglise de Corin- croyance parmi les orthodoxes du premier the, on en appela à l'Eglise de Rome pour ré- siècle, me jeta, je l'avoue, dans un état clamer son intervention et ses conseils en celle d'élonnement impossible à décrire. Je voulus circonstance; et la leltre que ce saint pontife relire la phrase, je me frollai les yeux, et adressa en réponse aux Corinthiens, est in- consullai de nouveau mon dictionnaire. contcslablement un des monuments les plus

mento des monuments les plus mais je ne m'étais point trompé, c'était sans intéressants qui nous soient parvenus de la

t parvenus de la contredit du papisme le mieux caractérisé. J'alittérature ecclésiastique.

vais déjà trouvé un langage semblable par Celui de ces premiers disciples des apôtres rapport à l'eucharistie, dans d'autres pasdont les écrits allirèrent ensuite mon allen - sages du même Père, dans sa leltre aur lion, fut saint Ignace, le successeur immédial Philadelphiens et dans celle aus Romains : de l'apolre saint Pierre sur le siége d'Antio- mais s'il n'y avait eu que ces passages, son che. Ce saint homme ful appclé par ses con- opinion précise sur celle matière cût nu lemporains Théophore, ou porlé par Dieu, resler douleuse; et, comme dans une foule d'après une idée généralement répanduc qu'il d'autres cas où il est arrivé aux Pères de étail cel enfant dont parlent saint Matthieu s'exprimer d'une manière allégorique ou el saint Marc, que Notre-Seigneur prit dans obscure, elle serait encore sujelle à discusses bras et plaça au milieu de sés disciples. sion. Mais ce passage pris, ainsi que je l'ai Aussi fut-ce avec un sentiment de res- déjà dit, dans un sens relatif aux docètes. puclucusc curiosité que je n'approchai du comme l'expression de la croyance de ces volume qui contient ses écrits ; ct si, dans héreliques par rapport à l'eucharistic, ei mon ignorance, j'avais été étonné de trou (1) La lettre de saint Ignacc, qui a été écrile dins

le premier siècle, est adre:sée « à l'Eglise qui préside, (1) Miapas xei osiay gféry.

mp3x10.701, dans le pays des Romains. I

[ocr errors]

ne pouvant nullement se concilier avec la des plus monstrueuses erreurs des pap'sles. croyance des orthodoxes (1), cc passage, Pour moi, ces découvertes étaient mcrdis-je, de la lettre aux fidèles de Smyrne, veilleuses, tout à fait merveilleuses ! Pape, ne peut admeltre que celle seule interpréta- reliques des saints, traditions apostoliques, iion, el on n'en peut lirer que cette seule présence réelle dans l'eucharistie, et loul conclusion, savoir, que les chrétiens or- cela dans le premier siècle de l'Eglise ! Qui thodoxes de cette époque ne voyaient pas l'aurait jamais pensé ? uniquement dans le pain et le viu consacrés un simple mémorial, une simple représen

CHAPITRE IV. tation, un lype ou un emblême, ou loule Vision d'Hermas. Jeúne hebdomudaire. autre présence figurative du corps de Notre

Bonnes autres. Le recteur de BallymuSeigneur, mais sa propre el réelle substance,

dragget. Le recteur n'est pas parlisan dui corporellement présente, ct mangée par la jeûne. - Comparaison entre ce recteur et bouche.

*llermas. Me retrouver ainsi de nouveau plongé dans Ic sein du papisme, après m'être flaité d'en Après avoir parcouru les deux lettres qui

Après avoir parcour etre délivré pour jamais, ce n'était pas, il nous restent de saint Barnabé et de saint faut en convenir, une petite épreuve pour le Polycarpe, et qui ne m'ont fourni l'une et zèle d'un néophyte. Ce n'est pas tout : Je n'é- l'autre que peu de lumières par rapport à ce lais pas encore bien remis de la surprise qui fait l'objet de mes recherches, c'est avec et de l'embarras où m'avail jeté cet exemple une sorte de plaisir que j'ai ouvert les pages de doctrine papisle, lorsque, passant au récit dictées par la pieuse imagination d'Hermas, du martyre de ce même Père, je tombai sur el que je me suis oublié pour quelques heuun autre spécimen non moins frappant des res au milieu de ses. visions qui respirent pratiques papistes. Saint Ignace, comme le toute la simplicité des lemps apostoliques, savent tous ceux qui lisent le martyrologe, comme on s'oublie en lisant une histoire de fut condamné à être dévoré par des lions roman. Ce qu'il raconte d'un amour qu'il dans l'amphithéâtre de Romne. Après que la avait eu dans sa jeunesse ; qu'il avait vu les victime cai élé déchirée en pièces, les diacres cieux ouverts, un jour qu'il priail ager fidèles qui l'avaient accompagnée dans son dans une prairie, et avait aperçu la jeune voyage, recueillirent, est-il dit, le peu d'os - personne qu'il avait aimée, abaissant sur lui scients échappés à la dent des bêtes féroces, ses regards du sein des nues, el le saluant el, les ayant apportés à Antioche, ils les dé: en ces termes: «Bonjour, Hermas »; ce qu'il posèrent religieusement dans une châsse au- dit des différentes visions dans lesquelles tour de laquelle, chaque année, le jour de l'Eglise de Dieu lui élail apparue, tanto son martyre, les fidèles s'assemblaient et sous les traits d'une femme âgée, occupés veillaienl auprès de ses reliques, en mémoire à lire, et tantôt sous la figure d'une jeuno du sacrifice qu'il avait fait de lui-même au fille vêtuc de blanc, portant une mitre sur Seigneur.

sa tête, sur laquelle on voyait floller unc J'aurais dû mentionner aussi, pour enché longue el brillante chevelure : c'étaient-là aurir encore sur ce que j'ai déjà dit, que, dans tant d'imaginations innocentes el ( comme sa roule au travers de l'Asie pour se rendre ou le pensait à cette époque) inspirées (1), sur le théâtre de ses souffrances, cet illustre au milieu desquelles je m'égarais avec le Père, en exhortant les Eglises à se tenir sur bon Père, dans une sorte de rêverie létharleurs gardes contre l'hérésie, leur recomman- gique, comme si ces visions eussent élé mes dait avec une insistance toute particulière, de propres songes. s'allacher fortement aux traditions des apo- Ce ne fut que quand j'arrivai, dans le tres, sanctionnant el confirinant par là celte cours de ma lecture, à celle partie de ses double règle de foi, la parole non écrite aussi écrits qui a pour titre Préceptes el similitu-bien que la parole écrite, règle de foi que tous des , et qui lui a été révélée, dit-il, par son les bons protestants rejelient comme une ange gardien, sous la figure d’un berger,

(1) « Il parait très-probable qu'au temps de saint (1) Origène cile le Pasteur comme un livre divine. Ignace, ceux qui communiaient étaient obligés de re. meni inspiré, ct Rullin l'appelle, en termes exprès, counaiire expressément que l'eucharistie était le livre du Nouveau Testament (Expos. in symb. aposi.). corps et le sang de Jésus-Christ, tanil en répondant Whiston anissi, d'après sa disposition habilllelle à adamen, au moment où on leur présentait les espèces mellre tout d'abord tout ce qui va à son bol, regarde sacramentelles, qu'en s'unissait à la prière par la le Pasteur comme un livre spécial el inspiré, qui vient quelle on demandait à Dieu de changer ainsi au corps directement de notre Sauveur, comme l'Apocalypse el au sang de J.-C. la matière du sacrilice; al c'est même. Saint Irénée, en citant le Pasteur, l'appelle parce qu'ils ne pouvaient p:is se confirmer à cet Ecriture; d'où quelques-uns ont conclu qu'il le retge, que les docèles s'absenlaient des assemblées gardait réellement comme canonique : « Illud etiam des chrétiens (Johnson). 1

( non omillendum quod llerme Pastorem velui canoniQue les communianits fussent obligés à reconna l cam scripturam laudet Irenæus (Mussucl., Dissert. tre aiusi expressément la présence réelle, dans les præv. in Tren.). , Cependant Larder a prouve que premiers siècles de l'Eglise, c'est ce quillesient toutes saint Irénée emploie ici le moi écriture dans le sens les anciennes lilargies ; ( nous avoni l'autorité de seulement d'écrit ou livre. saint Augustin pour garant que lel élait le sens alla Saint Clément d'alexandrie, non moins qu'Origène, ché, de son temps, à ce mol amen : « label magnam semble avoir regardé le Pasteur comme un livre din vocem Christi songvis in terra, cuin, eo accepto, ab vinement inspiré : 1 Orios colouvy durdur; To Epud omnibus gentibus re-pondctur amen (Conlra Faust.). , xHTÅ Å Roxál viber dancūor (Strom. lib. 1).

« PredošláPokračovať »