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PRÉFACE.

J'ai lu bien des fois et j'ai toujours relu avec un plaisir nouveau les satires de Perse. La peinture éner. gique des mæurs de la société romaine, à sa déca-. dence, ne m'a pas paru hors de propos, quand chacun sent que le relâchement du lien moral est le mal de l'époque. De là m'est venue la pensée de traduire Perse , et j'ai cru qu'il était possible de donner une idée assez exacte , dans notre langue, par une imitation en vers,

fidèle et concise , du génie particulier, du style et de la manière de cet auteur. Ou l'a essayé avant moi. Il n'y a peut-être pas d'auteur étranger qui compte plus de traducteurs que Perse; mais il me semble qu'il a été jus. qu'à présent plutôt paraphrasé que traduit, et j'applique celte observation aussi bien aux traductions en prose qu'à celles en vers. Je n'excepte pas même de ce repro..

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che la traduction (en prose), si remarquable d'ailleurs, de M. Sélis, dont une édition, due aux soins de M. Achaintre, a paru en 1822 , avec les notes les plus instructives et les plus propres à faciliter l'intelligence du poète satirique, dont l'obscurité est devenue proverbiale. Cette édition, qui présente une étude complèle sur Perse et sur ses ouvrages, m'a été d'un grand secours, surtout pour les notes ou explications par lesquelles j'ai cru qu'il était indispensable d'éclaircir la version française ; et, dans les passages douteux du texte latin, j'ai le plus souvent, après un examen consciencieux , adopté le sens auquel s'était rangé M. Sélis. Au surplus, on le conçoit très bien, dans une traduction en vers, les disputes de détail des interprètes m'ont assez peu préoccupé, et je me suis surtout appliqué à retracer fidèlement la physionomie générale de mon modèle. Si je n'ai pu y réussir, j'espère du moins que les amateurs des études classiques, auxquels s'adresse particulièrement cet essai , me sauront gré de mes efforts, et qu'ils s'intéresseront à mon travail malgré ses imperfections, ne fût-ce qu'à cause des difficultós de la lutte contre un texte si redoutable.

Un prologue et six satires, c'est là tout ce que nous connaissons de Perse. Adoptant le plan le plus simple et le plus naturel, j'ai présenté la traduction en vers de ces différents morceaux en regard du textc, en faisant précéder chacun d'eux d'une espèce d'argument où j'analyse en peu de mots l'esprit de la pièce qui va suivre; puis, j'ai rejeté à la fin du volume les notes qui se réfèrent à chacune des six satires. Inutile de dire que j'ai été extrè. mement sobre de ces notes et que je n'ai pas cherché à en faire un volume, ce qui m'eût été bien facile en suivant l'exemple de mes devanciers.

En traduisant, j'ai visé par dessus tout à la concision ; j'ai pensé que l'auteur dont Boileau avait dit :

Perse, en ses vers obscurs, mais serrés et pressans
Affecta d'enfermer moins de mols que de sens.

s'accommoderait mal de ce système d'interprétation qui consiste à substituer au trait de la pensée ou de l'expression une périphrase d'une signification plus ou moins approximative. Aussi suis-je arrivé dans ma version à un nombre de vers qui dépasse peu celui des vers latins, et ce résultat, indifférent d'ailleurs si ma traduction n'est pas fidèle, me paraît d'autant plus notable, que notre langue n'a pas, à beaucoup près, comme chacun le sait, la concision de la langue latine.

Il me resterait à parler de la vie de Perse et de ses ouvrages. Quant à sa vie, en quelques lignes elle peut être dite.

Perse ( en latin Aulus Persius Flaccus ), fils d'un che. valier romain et appartenant à l'une des principales familles, naquit à Volterre, petite ville de Toscane, l’an 31 de J.-C. A douze ans, il se rendit à Rome et y fit ses pre

mières études; à seize ans, il devint l'élève et l'ami du philosophe Annæus Cornutus, qui lui enseigna les ductrines stoïciennes dans toute leur rigueur et toule leur pureté primitives. Lucain et Cæsius Bassus, poète lyrique auquel il adressa une de ses satires, furent ses condisciples et restérent toujours ses amis. La lecture du poète Lucilius décida sa vocation, et il avait à peine terminé ses études, qu'il composait dans le genre satirique. Néanmoins, ses euvres ne furent pas publiées de son vivant, et cette réserve n'était que prudence, car la tyrannie ombrageuse de Néron d'eût pas manqué d'y saisir des allusions offensantes. Perse, dont la constitution était faible et mélancolique, atteignit à peine sa vingt-huitième année. Il légua en mourant 100,000 sesterces et sa bibliothèque composée de 700 volumes à Cornulus, qui n'accepta que les livres. Après sa mort, Cæsius Bassus se hasarda à édi. ter ses satires et put le faire sans danger.

Quant à l'appréciation des ouvres de Perse, je ne la tenterais personnellement ici qu'avec peu d'autorité : je préfère donc, dans l'intérêt de mes lecteurs et dans le mien, reproduire textuellement le passage du Cours de Littérature de Laharpe, où le savant critique a fait la part des éloges et des reproches que mérite notre poète. Voici ce passage :

« La gravité du style, la sévérité de la morale, beaucoup de concision et beaucoup de sens, sont les attributs particuliers à Perse. Mais l'excès de ces bonnes qualités

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