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seau veut encore qu'il lui soit démontré que cet événement n'a pu cadrer fortuitement avec la prophétie , parce que , dit-il , la clarté d'une prophétie faite au hasard n'en rend pas l'accomplissement impossible. D'où il suit que, selon Rousseau, on ne sauroit être certain qu'une prédiction est réellement prophétique, que lorsque son accomplissement est impossible. Ainsi, d'un côté, s'il y a prophétie, il est impossible qu'elle s'accomplisse, c'est-à-dire qu'il n'y a pas prophétie; et d'un autre côté, si elle s'accomplit, ce n'est pas une prophétie , puisque l'événement prouve que son accomplissement étoit possible. N'admirez-vous pas cette puissante logique?.

Si Rousseau, quoique ses paroles n'admettent guère cette explication, prétend seulement qu'on doit être certain que l'accomplissement de la prophétie n'est pas un simple effet du hasard ; il ne dit rien que tous les hommes n'avouent sans difficulté; et tous encore ils lui diront, avec l'orateur romain, que « le hasard in n'imite jamais parfaitement la vérité, qu'il ne,

lui ressemble jamais en tout point (1), » que le sens commun distingue aisément ce qui peut - -

(1) Quidquam casu esse factum , quod omnes habet in se numeros veritatis ? Quatuor tali jacti casu venereum efficiunt; num etiam centum venereos, si CCCC talos

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être un effet fortuit , de ce qu'on doit attribuér à une cause certaine, sans quoi ne pouvant pas ' même soupçonner l'existence de l'ordre, nous, n'en aurions aucune idée.

• « Je ne dois point être surpris qu'une chose » arrive lorsqu'elle est possible, et que la diffi» culté de l'événement est compensée par la : » quantité des jets , j'en conviens. Cependant si. » l'on me venoit dire que des caractères d'im» primerie, projetés au hasard , ont donné l'E» néide tout arrangée, je ne daignerois pas faire » un pas pour aller vérifier le mensonge. · Vous » oubliez , me dira-t-on, la quantité des jets; » mais de ces jets-là combien faut-il que j'en

» suppose pour rendre la combinaison vraisem. ; blable ? Pour moi, qui n'en vois qu'un seul ,

» j'ai l'infini à parier contre un, que son produit »' n'est point l'effet du hasard (i). »

Sophiste, reconnoissez vos paroles, et ne dites

jeceris , casu futuros putas ? Adspersa temerè pigmenta in tabula , oris lineamenta esfingere possunt; num etiam Veneris Coæ pulchritudinem effingi posse adspersione fortuita putas ?Sus rostro si humi A litteraph impresserit, nạn proptereà suspicari poteris Andromacham Ennii ab eâ posse describi ? .... Sic enim se profectò res habet, ut numquam perfectè veritatem casus imitetur. Cicer., De divinat., lib. I, cap. XIII, n. 23.

(1) Emile, liv. IV, tom. I. , p. 312.

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plus que la clarté d'une prophetie ne rendant pas son accomplissement impossible, cet accomplissement , quand il a lieu, ne prouve rien, à la rigueur, pour celui qui l'a prédit; car la possibilité que cet accomplissement soit l'effet du hasard, peut être telle, de votre aveu, qu'elle n'ait en sa faveur qu'une chance unique contre une infinité d'autres chances. Or , quand il y a l'infini à parier contre un, qu'un homme est véritablement prophète, on ose penser qu'à la rigueur, cela prouve quelque chose pour lui; et cette preuve est si forte à vos propres yeux, que vous l'employez pour établir l'existence du souverain Etre.....

Mais allons plus loin : en excluant la condition contradictoire d'une impossibilité absolue dans l'accomplissement, toutes les conditions requises par Rousseau pour qu'une prophétie fasse autorité, conditions dont il juge le concours impossible, peuvent se rencontrer, et se sont en cffet rencontrées réellement. Les Apôtres ont entendu, ou ils ont pu entendre Jésus-Christ prédire sa résurrection. Les Apôtres ont vu , ou ils ont pu voir Jésus-Christ ressuscité. La résurrection d'un mort est un événement que le hasard n'a pu opérer. Donc il peut y avoir des prophéties qui, suivant Rousseau lui-même, fassent autorité ; et les Pères ont eu raison d'enseigner, que la prophétie est un caractère distinctif et le témoi

gnage authentique de la Divinité, qui connoît seule l'avenir , parce qu'elle seule connoît ses volontés et les volontés libres des créatures (1).

En considérant la nature de l'homme et les lois qui en dérivent, nous avons reconnu que la prophétie est une suite nécessaire de ces lois , et que l'ordre entier de nos devoirs repose sur la révélation de l'avenir. Mais quand nous serions incapables de concevoir la nécessité ou même l'utilité de la prophétie, quand ses rapports avec l'ordre général échapperoient à notre raison, son existence attestée par tous les peuples dans tous les siècles, seroit encore un fait audessus du plus léger doute, un fait aussi certain que l'existence de l'homme même..

Cet accord universel, qui forme, suivant Aris

(1) « La prophétie est le caractère distinctif de la Divi» nité : la connoissance des choses futures est au-dessus » de l'intelligence humaine. L'accomplissement de la »' prophétie est donc une preuve sans réplique que Dieu » en est l'auteur. » Origen. contr. Cels. , lib. VI, 1. 10. - Idoneum, opinor, testimonium Divinitatis veritas divinationis. Tertullian., A polog., cap. XX. – S. Iren., lib. I, cap. XIII, n. 2. Aut. quæst. et respons. ad orthod. resp. ad qu. 146. — Minut. Felix in Octavio.S. Hilar., lib. IX de Trinit. --- S. August. , De divinat. dæmon., cap. V.

tote , la plus puissante preuve (1), avoit frappé Cicéron. « C'est, dit-il, une opinion très-an» cienne, descendue des temps héroïques jus» qu'à nous, et affermie par le consentement du » peuple romain et de toutes les nations, qu'il » existe parmi les hommes une certaine divi» nation que les Grecs appellent d'un nom » qui signifie le pressentiment et la science des » choses futures. Chose magnifique et salutaire, » si elle existe réellement, et qui, plus qu'au- : » cune autre, rapproche notre nature de la na» ture divine.... Or je ne vois aucune nation , » si polie qu'elle soit et si savante , ou si gros-» sière et si barbare, qui ne croie que l'avenir » est annoncé , que plusieurs le connoissent et » peuvent le prédire (2). » ...

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(1) Kpátistov TEŠUTAS år@pesttous, *. c. 2. Potentissima pro- batio est , si in id quod dicitur omnes consentiant. Arist.

(2) Vetus opinio est , jam usque ab heroicis ducta temporibus', eaque et populi romani et omnium gentium firmata consensu , versari quamdam inter homines divinationem , quam Græci pautezdy appellant , id est, præ-sensionein et scientiam rerum futurarum. Magnifica quidem res et salutaris , si modò est ulla ; quâque proximė ad deorum vim natura mortalis possit accedere... Gentem quidem 'nullam video, neque tam humanam atque doctam, neque tam immanem atque barbaram , quæ non significari futura , et à quibusdain intelligi, prædicique

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