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sterling reçues pour la vente de son poëme. Ces registres de naissance, à Madras, 2 avril 1727. incomparables génies, qui tous les deux, dans Là disparoît toute trace de la famille de Milton. des rangs opposés, avoient fait le portrait de Cro- On ne sait ce que sont devenus Abraham et mwell, s'ignoroient l'un l'autre, et n'entendirent Isaac, qui ne moururent point à Madras, et dont peut-être jamais prononcer leurs noms; les aigles jusqu'à présent on n'a point fait vérifier le décès qui sont vus de tous, vivent un à un et solitaires sur les registres de Calcutta et de Bombay. S'ils dans la montagne.

étoient retournés en Angleterre, ils n'auroient Milton mourut juste à moitié terme entre deux point échappé aux admirateurs et biographes de revolutions, quatorze ans après la restauration Milton : ils se sont donc perdus dans les vastes de Charles II , et quatorze ans avant l'avénement régions de l'Inde, au berceau du monde chanté de Guillaume. Il fut enterré près de son père, par leur aïeul. Peut-être quelques gouttes incondans le chœur de l'église de Saint-Gilles. Long- nues du sang libre de Milton animent aujourd'hui temps après, les curieux alloient voir une petite le cæur d'un esclave; peut-être aussi coulentpierre dont l'inscription n'étoit plus lisible : cette elles dans les veines d'un prêtre de Buddha, ou pierre gardoit les cendres délaissées de Milton; dans celles d'un de ces bergers indiens, qui se on ne sait si le nom de l'auteur du Paradis retire au frais sous un figuier, et surveille « ses perdu n'avoit point été effacé.

troupeaux à travers les entaillures coupées dans La famille du poëte s'enfonça vite dans l'obs- « le feuillage le plus épais. curité. Trente ans s'étoient écoulés depuis la mort

Shelters in cool, end tends his pasturing herds de Milton , lorsque Déborah, voyant pour la pre- At loopholes cut thro' thickest shade ..

Paradise lost. mière fois le portrait du poëte, alors devenu célèbre , s'écria : 0 mon père, mon cher père ! » Dé Rien de plus naturel que la curtosité qui nous borah avoit épousé Abraham Clarke, tisserand porte à nous enquérir de la famille des hommes dans Spithfields ; elle mourut, âgée de soixante- illustres : celle de Buonaparte n'a point péri, parce seize ans, au mois d'août 1727. Une de ses filles se qu'il a laissé après lui les reines et les rois qu'il maria à Thomas Foster, tisserand aussi. Réduite fit avec son épée. J'ai recherché ailleurs ce qu'éà la misère, un critique proposa une souscription toient devenus les descendants de ce Cromwell, en sa faveur : « Cette proposition , dit-il, doit être dont le nom se trouve inséparablement uni dans « bien reçue, puisqu'elle est faite par moi, qu'on la gloire à celui de Milton. * pourroit regarder comme le Zoïle de l'Homère « Il est possible, ai-je dit , qu'un héritier direct a anglois. » Zoile n'eut pas le plaisir de nourrir « d'Olivier Cromwell, par Henri, soit maintenant la petite fille d'Homère des outrages qu'il avoit « quelque paysan irlandois, inconnu, catholique prodigués au père de l'épopée biblique. Le par- a peut-être, vivant de pommes de terre dans les terre anglois devint le tuteur de l'orpheline; elle tourbières d'Ulster, attaquant la nuit les oraneat à son bénéfice une représentation du Masque, « gistes , et se débattant contre les lois atroces du dont Samuel Johnson, d'ailleurs assez dur dans Protecteur. Il est possible encore que ce descenson jugement sur Milton, fit le prologue. « dapt inconnu de Cromwell ait été un Franklin

Déborah fut connue du professeur Ward, et « ou un Washington en Amérique'. » de Richardson, à qui nous devons une vie de Milton. Addison se fit le patron de Déborah, et obtint pour elle, de la reine Caroline, cinquante

PARADIS PERDU. guinées.

DE QUELQUES IMPERFECTIONS DE CE POEME. Un fils de Déborah, Caleb Clarke, passa aux Indes dans les premières années du dix-huitième Le comte de Dorset, cherchant des livres, ensiecle. On a su , par sir James Mackintosh, que ce tra chez le libraire de Milton et mit par hasard la petit-fils de Milton avoit été clerc de paroisse à main sur le Paradis perdu. Le libraire pria humMadras. Caleb Clarke eut de sa femme Marie trois blement sa seigneurie de le lire et de lui procurer enfants : Abraham, Marie, morte en 1706, et

des acheteurs. Le comte l'emporta, le lut, le fit Isaac. Abraham, arrière-petit-fils de Milton, passer à Dryden, qui le lui renvoya avec ces mots : épousa au mois de septembre 1725, Anna Clarke; Cet homme nous efface, nous et les anciens. il en eut une fille , Marie Clarke, portée sur les " Les Quatre Stuarts.

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Cependant la renommée du Paradis perdu | nocence, deviné les majestueuses amours d'Ève ne marcha qu'avec lenteur : des mæurs frivoles et d’Adam? et corrompues, l'aversion qu'on portoit à des sec- Soit qu'en traduisant Milton, l'habitude d'une tes religieuses dont les excès avoient fait naître société intime m'ait accoutumé à ses défauts; soit l'esprit d'incrédulité, s'opposoient au succès d'un qu'élargissant la critique, je juge le poëte d'après poëme aussi sévère par le sujet, le style et la pen- les idées qu'il devoit avoir, je ne suis plus blessé sée : ni le duc de Buckingham, ni le comte de des choses qui me choquoient autrefois. La découRochester, ni le chevalier Temple, ne s'occupent verte de l'artillerie dans le ciel me semble aujourde Milton. Mais, en 1688, une édition in-folio du d'hui découler d'une idée fort naturelle : Milton Paradis perdu, sous le patronage de lord Som fait inventer par Satan ce qu'il trouve de pire mers, fit du bruit : on eût dit que la gloire de parmi les hommes. Il revient souvent sur cette l'ennemi des Stuarts, par eux opprimée, avoit at- invention à propos de la conspiration des poudres; tendu l'année de leur chute pour éclater. Si Mil- il a cinq pièces latines, in Proditionem bombarton eût vécu, comme son frère, jusqu'à l'époque dicam; in Inventorem bombardæ. de la révolution de 1688, eût-il trouvé grâce de

Les railleries des démons sont une imitation des vant le gouvernement nouveau ? J'en doute; on ne railleries des héros d'Homère. J'aime à voir l'Ifit que changer de roi. Le vieux régicide Ludlow, liade apparoître au travers du Paradis perdu. accouru de Lausanne, se trouva aussi étranger sous

Les démons changés en serpents qui sifflent Guillaume III qu'il l'eût été sous Jacques II : leur chef, lorsqu'il vient se vanter d'avoir ( sous homme d'un autre temps, il retourna mourir dans la figure d'un serpent ) perdu la race humaine, sa solitude.

sont les caprices, d'ailleurs étonnamment bien Peu à peu les éditions du Paradis perdu se mul- exprimés, d'une imagination surabondante. Dans tiplièrent. Addison lui consacra dix-huit articles les critiques que l'on a faites de ce passage, du Spectateur. Alors il n'y eut plus assez d'autels n'a pas vu , ou on n'a pas voulu voir l'explication pour le dieu; Milton prit , dans le culte public, sa que le poëte lui-même donne de la métamorphose : place à côté de Shakespeare.

elle est conforme au sujet de l'ouvrage et aux traQuelques voix opposantes se firent entendre ditions les plus populaires du christianisme. C'est pourtant; aucune grande renommée ne s'élève

pour la dernière fois que l'on aperçoit Satan : le sans contradicteurs. On prétendit que Milton avoit prince des ténèbres , superbe intelligence au comimité Masénius, Ramsay, Vida, Sannazar, Ro- mencement du poëme, avant la séduction d’Amæus, Fletcher, Staforst, Taubman, Andreini, dam, devient hideux reptile à la fin du poēme, Quintianus, Malapert, Fox : on auroit pu ajouter après la chute de l'homme: au lieu de l'esprit qui à cette liste Saint-Avite, Dubartas et le Tasse : brilloit encore à l'égal du soleil éclipsé, il ne vous Saint-Avite a de très-belles scènes dans Éden. Il reste plus que l'ancien serpent, que le vieux est probable que Milton, à Naples, dans la com- dragon de l’abime. pagnie de Manso, avoit lu les Sette giornale del

Il seroit moins injuste de reprocher à Milton mondo creato du Tasse. Le chantre de la Jéru

quelques traits de mauvais goût : « ce diner ( salem fait sortir Eve du sein d'Adam, tandis que

« fruits qui ne refroidit pas, par exemple. J'auDieu arrosoit d'un sommeil paisible les mem

rois voulu pouvoir supprimer les vers où Adam bres de notre premier père assoupi :

dit à Ève qu'elle est une cóte tortueuse que lui, Ed irrigo di placida quiete

Adam, avoit de trop; et malheureusement cette Tutte le membra al sonnacchioso...

injure se trouvoit placée dans un morceau draLe Tasse amollit l'image biblique, et dans ses matique d'une beauté achevée. douces créations la femme n'est plus que le pre- Le poëte abuse un peu de son érudition; mais mier songe de l'homme.

après tout, mieux vaut être trop instruit que Que fait tout cela à la gloire de Milton? Ces de ne l'être pas assez : Milton a tiré plus de prétendus originaux ont-ils ouvert leurs ouvrages beautés de son savoir que Shakespeare de son par le réveil de Satan dans l'enfer? ont-ils traversé ignorance. N'est-il pas surprenant qu'au milieu le chaos avec l'ange rebelle, aperçu la création du de la mauvaise physique de son temps il annonce seuil de l'empyrée, apostrophé le soleil, contem- l'attraction, démontrée depuis par Newton? plé le bonheur de l'homme dans sa primitive in- Keppler, Boullian et Hook, il est vrai, avoient

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mis sur la voie de la découverte, et Milton auroit la création d'une nouvelle race formée à despu connoître ce qu'on appeloit alors la force trac- sein de remplir le vide laissé par les anges tomtoire. Dans l'antiquité, Aristarque fait du soleil bés : chose formidable ! c'est dans l'enfer que le centre unique de l'univers.

l'on entend prononcer pour la première fois le Des nuances et des lumières manquent, de fois

nom de l'HOMME. à autre, dans les tableaux du poëte; on devine Satan propose d'aller à la rechercbe de ce que le peintre ne voit plus, comme en musique on monde inconnu , de le détruire ou de le corromreconnoit le jeu d'un aveugle à l'indéfini de cer- pre. Il part, explore l'enfer, rencontre le Péché taines notes. Les descriptions du Paradis perdu et la Mort, se fait ouvrir les portes de l'abîme, ont quelque chose de doux, de velouté, de vapo- traverse le chaos, découvre la création, desreux, d'idéal, comme des souvenirs : les soleils cend au soleil, arrive sur la terre, voit pos couchants de Milton, en rapport avec son âge, premiers parents dans Éden, est touché de leur la nuit de ses paupières et la nuit approchante de beauté et de leur innocence, et donne, par ses sa tombe, ont un caractère de mélancolie qu'on remords et son attendrissement, une idée inefne retrouve nulle part. Lui demanderez-vous rien fable de leur nature et de leur bonheur. Dieu de plus, lorsqu'en peignant une nuit dans Éden, aperçoit Satan du haut du ciel, prédit la foiil vous dit : « Le rossignol répétoit ses plaintes blesse de l'homme, annonce sa perte totale, à « amoureuses, et le silence étoit ravi. » Cinq ou moins que quelqu'un ne se présente pour être six vers, hors de tous les lieux communs, lui

sa caution et mourir pour lui : les anges restent suffisent pour offrir le spectacle religieux du ma- muets d'épouvante. Dans le silence du ciel, le tìn. « La lumière sacrée commença de poindre Fils seul prend la parole et s'offre en sacrifice. « dans l'orient parmi les fleurs humides ; elles ex- La victime est acceptée , et l'homme est racheté haloient leur encens matinal, alors que tout ce avant même d'être tombé. qui respire sur le grand autel de la terre élève Le Tout-Puissant envoie Raphaël prévenir nos « vers le Créateur des louanges silencieuses et une premiers pères de l'arrivée et des projets de leur * odeur qui lui est agréable. » On croit lire un ver- ennemi. Le messager céleste fait à Adam le récit set des psaumes : Jubilate Deo omnis terra; Be- de la révolte des anges , arrivée au moment où le medic anima mea Domino.

Père annonça du haut de la montagne sainte Enfin, si le poëte montre quelquefois de la fa- qu'il avoit engendré son Fils, et qu'il lui remettigue, si la lyre échappe à sa main lassée, il re- toit tout pouvoir. L'orgueil et la jalousie de Satan, pose et je me repose avec lui : je ne voudrois excités par cette déclaration, l'entraînent au compas que les beaux endroits du Cid et des Horaces bat: vaincu avec ses légions, il est précipité dans fussent joints ensemble par des harmonies élé- l'enfer. Milton n'avoit aucunes données; pour gantes et travaillées ; les simplicités de Corneille trouver le motif de la révolte de Satan, il a fallu sont un passage à ses grandeurs qui me charme qu'il tiråt tout de son génie. Ainsi, avec l'art d'un encore.

grand maître, il fait connoître ce qui a précédé

l'ouverture du poëme. Raphaël raconte encore à PLAN DU PARADIS PERDU.

Adam l'æuvre des six jours. Adam raconte à son Que dirai-je du Paradis perdu qui n'ait déjà tour à Raphaël sa propre création. L'ange reété dit? Mille fois on en a cité les traits subli- tourne au ciel. Ève se laisse séduire, goûte au mes, les discours, les combats, la chute des fruit, et entraine Adam dans sa chute. anges, et cet enfer qui eút fui épouvanté si Dieu Au dixième livre, tous les personnages repan'en avoit creusé si profondément l'abime. J'in-roissent; ils viennent subir leur sort. Au onzième sisterai donc principalement sur la composition et au douzième livres, Adam voit la suite de sa générale de l'ouvrage, pour faire remarquer l'art faute et tout ce qui arrivera jusqu'à l'incarnation avec lequel le tout est conduit.

du Christ : le Fils doit, en s'immolant, racheSatan s'est réveillé au milieu du lac de feu ter l'homme. Le Fils est un des personnages du (et quel réveil !). Il rassemble le conseil des lé- poëme : au moyen d'une vision, il reste seul et le gions punies; il rappelle à ses compagnons de dernier sur la scène, afin d'accomplir dans le momalheur et de désobéissance, un ancien oracle nologue de la croix l'action définitive: consumqui annonçoit la naissance d'un monde nouveau, 1 matum est.

Voilà l'ouvrage en sa simplicité. Les faits et les semble que le genre humain, sa postérité malrécits naissent les uns des autres ; on parcourt heureuse, n'a osé parler de lui; saint Paul même l'enfer, le chaos, le ciel, la terre, l'éternité, le ne le nomme pas parmi les saints qui ont vécu temps, au milieu des blasphèmes et des canti- de la foi; l'apôtre n'en commence la liste qu'à ques, des supplices et des joies; on se promene Abel. Adam passe pour le chef des morts, parce dans ces immensités tout naturellement, sans s'en que tous les hommes sont morts en lui; et néanapercevoir, sans ressentir aucun mouvement, moins, durant neuf siècles, il vit défiler ses fils sans se douter des efforts qu'il a fallu pour vous vers la tombe dont il étoit l'inventeur, et qu'il leur porter si haut sur des ailes d'aigle, pour créer avoit ouverte. un pareil univers.

Après le meurtre d'Abel, l'ange montre à Cette observation touchant la dernière appa- Adam un hôpital et les différentes espèces de rition du Fils montre, contre l'opinion de cer- morts; tableau plein de vigueur à la manière du tains critiques, que Milton auroit eu tort de re- Tintoret. « Adam pleure à cette vue, dit le poële, trancher les deux derniers livres. Ces livres, que quoi qu'il ne fût pas né d'une femme. » Réflexion l'on regarde, je ne sais pourquoi, comme les pathétique inspirée au poëte par ce passage de plus foibles du poëme, sont, selon moi, tout Job : « L'homme de la femme ne vit que peu aussi beaux que les autres; ils ont même un in- « de temps, et il est rempli de beaucoup de mitérêt humain qui manque aux premiers. Du plus < sères. » grand des poëtes qu'il étoit, l'auteur devient le L'histoire des géants de la montagne, que séplus grand historien, sans cesser d'être poëte. Mi- duisent les femmes de la plaine, est merveilleusechel annonce à nos premiers pères qu'il faut sor- ment contée. Le déluge offre une vaste scène. tir da paradis. Ève pleure; elle se désole de quit. Dans ce xre livre, Milton imite Dante par ses forter ses fleurs : «О fleurs, dit-elle, qui toutes avez mes d'interpellations du dialogue: MAITRE! Dante « reçu de moi vos noms. » Trait charmant, qu'on auroit invité Milton, comme un frère, à entrer a cru d'un dernier poëte germanique, et qui n'est avec lui dans le groupe des grands poëtes. qu’une de ces beautés dont les ouvrages de Mil- Au xiro livre, ce n'est plus une vision, c'est ton fourmillent. Adam se plaint aussi, mais c'est un récit. La tour de Babel, la vocation d'Abrad'abandonner les lieux que Dieu avoit daigné ham, la venue du Christ, son incarnation, sa honorer de sa présence : « J'aurois pu dire à mes résurrection , sont remplies de beautés de tous enfants : « Sur cette montagne il m'apparut; sous les genres. Le livre se termine par le bannisse« cet arbre il se rendit visible à mes yeux; entre ment d’Adam et d'Ève, et par les vers si tristes « ces pins j'entendis sa voix; au bord de cette que tout le monde sait par cæur. « fontaine je m'entretins avec lui. »

Dans ces deux derniers livres la mélancolie du Cette idée de Dieu, dont l'homme est dominé poëte s'est augmentée; il paroît sentir davantage dans le Paradis perdu, est d'une sublimité ex- le poids du malheur et des ans. Il met dans la boutraordinaire. Ève, en naissant à la vie , n'est oc- che de Michel ces paroles : cupée que de sa beauté et ne voit Dieu qu'à tra- « Tu jouiras de la vie; et, pareil à un fruit vers l'homme; Adam, aussitôt qu'il est créé, devi- « parvenu à sa maturité, tu retomberas dans le nant qu'il n'a pas pu se créer seul, cherche et « sein de la terre d'où tu es sorti. Tu seras , non appelle aussitôt son créateur.

« pas durement arraché, mais doucement cueilli Ève demeure endormie au pied de la monta- « par la mort, quand tu seras parvenu à cette magne : Michel, au sommet de la même montagne, « turité qui s'appelle vieillesse. Mais alors il te montre à Adam, dans une vision, toute sa race. « faudra survivre à ta jeunesse, à ta force, à ta Alors se déroule la Bible. D'abord vient l'histoire « beauté qui se changera en laideur, en foiblesse, de Caïn et d’Abel : «0 maître, s'écrie Adam à a en maigreur. Tes sens émoussés auront perdu « l'ange, en voyant tomber Abel, est-ce là la « ces goûts et ces douceurs qui les flattent mainte« mort? est-ce par cechemin queje dois retourner « nant, et au lieu de cet air de jeunesse, de gaieté, « à ma poussière natale ? » Remarquons que dans de vivacité qui t'anime, règnera dans ton sang l'Écriture il n'est plus question d'Adam après sa desséché une froide et stérile mélancolie , qui chute; un grand silence s'étend entre son péché appesantira tes esprits et consumera ensin le et sa mort : pendant neuf cent trente années, il « baume de ta vie. »

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Un commentateur, à propos du génie de Mil-peint ses transports à la première vue de sa comton, dans ces derniers livres du Paradis perdu, pagne. dit : « C'est le même océan, mais dans le temps du « Il me sembla voir, quoique endormi, le lieu reflux; le même soleil, mais au moment où il où j'étois et la figure glorieuse devant laquelle tinit sa carrière. »

je m'étois tenu éveillé. En se baissant elle m'ouSoit. La mer me paroit plus belle lorsqu'elle a vrit le côté gauche, y prit une côte chaude des me permet d'errer sur ses grèves abandonnées,

a esprits du caur, et ruisselant du sang nouveau et qu'elle se retire à l'horizon avec le soleil cou- « de la vie. Large étoit la blessure, mais soudain chant.

a remplie de chair et guérie. Il pétrit et modela CARACTÈRES DES PERSONNAGES DU PARADIS PERDU.

« cette côte avec ses mains : sous ses mains se ADAM ET ÉVE.

a forma une créature semblable à l'homme, mais

« d'un sexe différent. Elle étoit si agréablement Milton a place dans le premier homme et la première femme le type original de leurs fils et de

belle, que tout ce qui avoit paru beau dans le leurs filles sur la terre.

« monde ne parut plus rien maintenant, ou sem* Dans leurs regards divins brilloit l'image de

« bla confondu en elle, réuni en elle et dans ses . leur glorieux auteur, avec la vérité, la sagesse,

regards qui depuis ce temps ont répandu dans « la sainteté sévère et pure; sévère, mais placée

a mon cæur une douceur non auparavant éproudans cette véritable liberté filiale d'où vient la

« vée. Sa présence inspira à toutes choses l'esprit a véritable autorité dans les hommes. Ils ne sont

d'amour et les amoureuses délices. Cette créa* pas égaux, comme leur sexe n'est pas sembla

« ture disparut et me laissa sombre: je m'éveillai ble: Lui, formé pour la contemplation et le cou

« pour la trouver ou pour déplorer à jamais sa e rage; ELLE, pour la mollesse et la douce grâce a perte, et abjurer tous les autres plaisirs. Lorsséduisante; Lui, pour Dieu seulement;ELLE, pour que j'étois hors de tout espoir, la voici non loin,

« telle que je la vis dans mon songe, ornée de • Dieu en lui. Le beau large front de l'homme et e son cil sublime déclaroient sa suprême puis- « tout ce que le ciel et la terre pouvoient prodiguer sance; ses cheveux d'hyacinthe, partagés au

pour la rendre aimable. Elle s'avança conduite « tour de son front, pendent en grappe d'une ma

« par son divin Créateur (quoique invisible). Elle a nière måle, mais non au-dessous de ses larges

* n'étoit pas ignorante de la nuptiale sainteté et a épaules. La femme porte comme un voile sa

« des rites du mariage; la grâce étoit dans tous e chevelure d'orqui descend éparse et sans orne

« ses pas, le ciel, dans ses yeux; dans chacun de ment jusqu'à sa ceinture déliée : ses tresses a ses mouvements, la dignité et l'amour. Moi, a roulent en capricieux anneaux, comme la vigne

transporté de joie, je ne pus m'empêcher de replie ses attaches; ce qui implique la dépen

« m'écrier à voix haute : dance, mais une dépendance demandée avec Tu as rempli ta promesse, Créateur bon et « un doux empire; par la femme accordée, par

doux, donateur de toutes choses belles ! mais « l'homme mieux reçue; accordée avec une sou

a celui-ci est le plus beau de tes présents, et tu « mission modeste , un décent orgueil, une tendre n'y as rien épargné! Je vois maintenant l'os de • résistance; amoureux délai...

« mes os, la chair de ma chair, moi-même devant « Ainsi ils passoient nus; ils n'évitoient ni la * vue de Dieu, ni celle de l'ange, car ils ne son- « Elle m'entendit; et quoiqu'elle fût divinement · geoient point au mal ; ainsi en se tenant par la « amenée, son innocence, sa modestie virginale,

main, passoit le plus charmant couple qui s'u- « sa vertu, la conscience de son prix... pour tout . nit jamais depuis dans les embrassements de l'a- « dire enfin, la nature elle-même, toute pure * mour, Adam le plus beau des hommes qui fu- * qu'elle étoit de pensée pécheresse, produisit « rent ses fils, Ève la plus belle des femmes qui dans Ève un tel effet, qu'en me voyant elle se * Daquirent ses filles. » (Paradis perdu, liv. iv.) « détourna. Je la suivis; elle connut ce que c'é

Adam, simple et sublime, instruit du ciel, et « toit que l'honneur, et avec une soumission matirant son expérience de Dieu, n'a qu'une foi- “ jestueuse, il lui plut d'agréer mes raisons. Je la blesse, et l'on voit que cette foiblesse le perdra : conduisisau berceau nuptial, rougissant comme après avoir raconté sa propre création à Raphaël, « le matin. Tous les cieux et les étoiles fortunées ses conversations avec Dieu sur la solitude, il « versèrent sur cette heure leur influence choisie.

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« moi.

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