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• flamme soudaine, ne fasse aucune distinction., encore ému des spectacles et des passions révo« Attends-toi à sentir bientôt sur ta tète la foudre, lutionnaires, il est resté debout après la chute de . feu qui dévore ! Alors, gémissant, tu apprendras la révolution réfugiée en lui, et palpitante dans e à connoître celui qui t'a créé, par celui qui peut son sein. Mais le sérieux de cette révolution le a l'anéantir. »

domine; la gravité religieuse fait le contre-poids Il reste dans le poëme quelque chose d'inexplica- de ses agitations politiques. Et néanmoins, dans ble au premier aperçu : la république infernale l'étonnement de ses illusions détruites, de ses veut détruire la monarchie céleste, et cependant rêves de liberté évanouis, il ne sait plus où se Milton, dont l'inclination est toute républicaine, prendre; il reste dans la confusion, même à l'égard donne toujours la raison et la victoire à l'Éternel ? | de la vérité religieuse. C'est qu'ici le poëte étoit dominé par ses idées Il résulte d'une lecture attentive du Paradis religieuses; il vouloit, comme les indépendants, perdu, que Milton flottoit entre mille systèmes. une république théocratique; la liberté hiérar- Dès le début de son poëme il se déclare socinien, chique sous l'unique puissance du ciel ; il avoit par l'expression fameuse un plus grand homme. admis Cromwell comme lieutenant général de Il ne parle point du Saint-Esprit; il ne parle jamais Dieu, protecteur de la république.

de la Trinité; il ne dit jamais que le Fils est égal Cromwel, our chief of men, who through a cloud

au Père. Le Fils n'est point engendré de toute Not of war only, but detractions rude,

éternité; le poëte place même sa création après Guided by faith and matchless fortitude,

celle des anges. Milton est arien, s'il est quelque To peace and truth thy glorious way hast plough’d, And on the neck of crowned fortune proud

chose; il n'admet point la création proprement Hast rear'd God's trophies, and his work pursued, dite; il suppose une matière préexistante, coéterWhile Darwen stream with blood of Scots imbrued, And Dunbar field resounds thy praises loud,

nelle avec l'Esprit. La création particulière de And Worcester's laureat wreath! Yet much remains

l'univers n'est à ses yeux qu'un petit coin du To conquer still; peace hath her victories

chaos arrangé, et toujours prêt à retomber dans No less renown'd tban war: new foes arise

le désordre. Toutes les théories philosophiques Threatning to bind our souls with secular chains :

Help us to save free conscience from the paw connues du poëte ont pris plus ou moins de place of hireling wolves, whose Gospel is their maw.

dans ses croyances : tantôt c'est Platon avec les • Cromwell, chef des hommes, qui, à travers exemplaires des Idées, ou Pythagore avec l’bar• le nuage non-seulement de la guerre, mais en monie des Sphères; tantôt c'est Épicureou Lucrèce • core d'une destruction brutale, guidé par la avec son matérialisme, comme quand il montre e foi et une grandeur d'âme incomparable, as la

les animaux à moitié formés sortant de la terre. « bouré ton glorieux chemin vers la paix et la Il est fataliste lorsqu'il fait dire à l'ange rebelle • vérité ! Toi qui sur le cou de l'orgueilleuse for- que lui, Satan, naquit de lui-même dans le ciel, a tune couroonée as planté les trophées de Dieu le cercle fatal amenant l'heure de sa création. et continué son ouvrage, tandis que le cours Milton est encore panthéiste ou spinosiste, mais du Darwen se teignoit du sang des Écossois, son panthéisme est d'une nature singulière. e que le champ de Dunbar retentissoit de tes louan- Le poëte paroît d'abord supposer le panthéisme ges, et des lauriers tressés à Worcester ! il te mêlé de matière et d'esprit: mais si l'hom* reste encore beaucoup à conquérir ! la paix a ses me n'eût point péché, Adam, se dégageant peu à victoires non moins renommées que celles de peu de la matière , seroit devenu de la nature • la guerre. De nouveaux ennemis s'élèvent, menades anges. Adam pèche : pour racheter la partie * çant de lier nos âmes avec des chaînes séculaires : spirituelle de l'homme, le Fils de Dieu, tout es- aide-nous à sauver notre libre conscience des prit, se matérialise; il descend sur la terre, meurt ongles des loups mercenaires, dont l'Évangile et remonte au ciel, après avoir passé à travers la est leur ventre. »

matière. Le Christ devient ainsi le véhicule au Dans la pensée de Milton, Satan et ses anges moyen duquel la matière, mise en contact avec pouvoient être les orgueilleux presbytériens qui l'intelligence, se spiritualise. Enfin les temps étant refusoient de se soumettre aux saints, à la faction accomplis, la matière, ou le monde matériel, desquels Milton appartenoit, et dont il reconnois- cesse et va se perdre dans l'autre principe. « Le soit l'inspiré Cromwell comme le chef en Dieu. « Fils, dit Milton, s'absorbera dans le sein du

On sent dans Milton un homme tourmenté : « Père avec le reste des créatures : Dieu sera tout

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connu,

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CHATEAUBRIAND.

TOME. v.

8

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: * * Cependant je ne cesse d'errer aux lieux fré

« dans tout; » c'est le panthéisme spirituel succé- • Maintenant je te visite de nouveau sur une dant au panthéisme des deux principes. « aile plus hardie : échappé du lac stygien......

Ainsi notre âme s'engloutira dans la source de je sens l'influence de ton vivisiant et souverain la spiritualité. Qu'est-ce que cette mer de l'in- « flambeau. Mais toi tu ne visites point ces yeux telligence, dont une foible goutte renfermée dans qui roulent en vain pour trouver ton rayon la matière étoit assez puissante pour comprendre « perçant et ne rencontrent aucune aurore; tant le mouvement des sphères, et s'enquérir de la « ils sont profondément éteints dans leur orbite, nature de Dieu ? Qu'est-ce que l'infini? Quoi ! tou- « ou voilés d'un sombre tissu ! jours des mondes après des mondes ! L'imagination éprouve des vertiges en essayant de se plonger « quentés des Muses.... Je n'oublie pas non plus dans ces abîmes , et Milton y fait naufrage. Ce- « ces deux mortels semblables à moi en malheur pendant au milieu de cette confusion de principe, « (puissé-je les égaler en gloire!). L'aveugle le poëte reste biblique et chrétien : il redit la « Thayris et l'aveugle Méonides, et Ta vrésias chute et la rédemption. Puritain d'abord , ensuite et Parinée, devins antiques. Nourri des penindépendant, anabaptiste, il devient saint, quié- « sées qui mettent en mouvement les nombres tiste et enthousiaste : ce n'est plus qu'une voix a harmonieux, je suis semblable à l'oiseau qui qui chante l'Éternel. Milton n'alloit plus au temple, « veille et chante dans l'obscurité : caché sous le ne donnoit plus aucun signe extérieur de religion : « plus épais couvert, il soupire ses nocturnes dans le Paradis perdu, il déclare que la prière a complaintes, est le seul culte agréable à Dieu.

« Ainsi avec l'année reviennent les saisons ; Ce poëme, qui s'ouvre aux enfers et finit au « mais le jour ne revient pas pour moi, ni ne ciel, en passant sur la terre, n'a dans le vaste a reviennent la douce approche du matin ou du désert de la création nouvelle que deux personna- « soir, la vue de la fleur du printemps, de la rose ges humains : les autres sont les habitants sur- « de l'été, des troupeaux et de la face divine de naturels de l'abîme des félicités sans fin, ou du « l'homme. Des nuages et des ténèbres qui durent gouffre des misères éternelles. Eh bien ! le poëte « toujours m'environnent. Les chemins agréables a osé entrer dans cette solitude ; il s'y présente des hommes me sont coupés; le livre du beau comme un fils d'Adam , député de la race humaine « savoir ne me présente qu'un blanc universel où perdue par la désobéissance; il y paroît comme « les ouvrages de la nature sont pour moi effacés l'hiérophante, comme le prophète chargé d'ap-« et rayés. La sagesse à son entrée m'est entièreprendre l'histoire de la chute de l'homme et de « ment fermée! la chanter sur la harpe consacrée aux pénitences « Brille donc davantage intérieurement, 8 céde David. Il est si rempli de génie, de sainteté et « Jeste lumière! que toutes les facultés de mon de grandeur, que sa noble tête n'est point dépla-esprit soient pénétrées de tes rayons; mets des cée auprès de celle de notre premier père, en « yeux à mon âme, écarte et disperse tous les présence de Dieu et des anges. En sortant de « brouillards, afin que je puisse voir et dire les l'abime des ténèbres il salue cette lumière sacrée « choses invisibles à l'æil des mortels. » interdite à ses yeux.

Ailleurs, non moins pathétique, il s'écrie : « Salut, lumière sacrée, tille du ciel, née la « Ah! si j'obtenois de ma céleste patrone un « première , ou de l'Éternel coéternel rayon! Puis-style qui répondit à ma pensée ! Elle daigne

je te nommer ainsi sans blåme? Puisque Dieu « me visiter la nuit sans que je l'implore... « est lumière, et que de toute éternité il n'habite « Il me reste à chanter un sujet plus élevé; il « jamais que dans une lumière impénétrable, il « suffira pour immortaliser mon nom, si je ne « habite donc en toi, brillante effusion d'une « suis venu un siècle trop tard, si la froideur du « brillante essence incréée ! Ou si tu préfères t'en- « climat ou des ans n'engourdit mes ailes hu« tendre appeler ruisseau de pur éther, qui dira miliées. » « ta source ? Avant le soleil, avant les cieux, tu Quelle hauteur d'intelligence ne faut-il pas à « étois : à la voix Dieu tu couvris comme d’un Milton pour soutenir ce tête-à-tête avec Dieu et & manteau le monde qui naissoit des eaux noires les prodigieux personnages qu'il a créés ! Il n'a « et profondes ; conquête faite sur le vide infini jamais existé un génie plus sérieux et en même « et sans formé.

temps plus tendre que celui de cet homme. «Mil

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a ton, dit Hume, pauvre, vieux, aveugle dans la tiplicité des chemins, la rapidité des courriers, disgrâce, environné de périls, écrivit le poëme l'extension du commerce et de l'industrie, les merveilleux qui non-seulement surpasse tous publications de la presse périodique. La révolu• les ouvrages de ses contemporains, mais encore tion de la Grande-Bretagáé né mit point l'Europe « tous ceux qu'il écrivit lui-même dans sa jeu- en feu: renfermée dans une île, elle ne porta point

nesse et au temps de sa plus haute prospérité. » ses armes et ses principes aux extrémités de On sent en effet dans ce poëme, à travers la l'Europe ; elle ne prêcha point la liberté et les passion des légères années, la maturité de l'âge droits de l'homme, le cimeterre à la main, comme et la gravité du malheur : ce qui donne au Pa- Mahomet prêcha le Coran et le despotisme; elle radis perdu un charme extraordinaire de vieil- ne fut ni obligée de repousser au dehors une inlesse et de jeunesse, d'inquiétude et de paix, de vasion, ni de se défendre au dedans contre un tristesse et de joie, de raison et d'amour. système de terreur : l'état religieux et social

n'étoit pas tel qu'aujourd'hui.

Aussi les personnages de cette révolution n'atQUATRIÈME PARTIE.

teignirent point la hauteur des personnages de

la révolution françoise, mesurée sur une bien plus LITTERATURE

grande échelle, et menée par une nation bien

plus liée au destin général du monde. Est-ce SOUS LES DEUX DERNIERS STUARTS.

Hampden ou Ludlow que l'on pourroit comparer à Mirabeau? Supérieurs en morale, ils lui étoient

fort inférieurs en génie '. HOMMES ET CHOSES DE LA REVOLUTION ANGLOISE ET DE LA REVOLUTION FRANÇOISE COMPARES. « Mêlé par les désordres et les hasards de sa

vie aux plus grands événements et à l'existence En quittant Milton, si nous passions sans transition aux écrivains sous les deux derniers Stuarts, turiers, Mirabeau, tribun de l'aristocratie, député

des repris de justice, des ravisseurs et des avennous trébueherions de plus haut que les anges du Paradis perdu, qui tombèrent du ciel dans de la démocratie, avoit du Gracchus et du Don l'abime. Mais il nous reste à jeter un regard sur

Juan, du Catilina et du Gusman d'Alfarache, du la révolution d'où sortit le poëte, et à la comparer roué de la régence et du Sauvage de la révolution;

cardinal de Richelieu et du cardinal de Retz, du à notre révolution : en nous entretenant encore du siècle de Milton, nous parviendrons à des

il avoit de plus du Mirabeau, famille florentine cendre ainsi d'un mouvement insensible jusqu'au exilée, qui gardoit quelque chose de ces palais niveau des règnes de Charles et de Jacques. On armés et de ces grands factieux célébrés par peine se détacher de ces temps de 1649

Dante; famille naturalisée françoise, où l'esprit ils eurent de curieuses affinités avec les nôtres : républicain du moyen âge de l'Italie et l'esprit nous allons voir, par le parallèle des choses et

féodal de notre moyen âge, se trouvoient réunis

dans une succession d'hommes extraordinaires. des hommes, que nos jours révolutionnaires conservent sur les jours révolutionnaires de la répu- fond de beauté particulière à sa race, produisoit

« La laideur de Mirabeau , appliquée sur le blique et du protectorat anglois, une incontestable, mais souvent malheureuse supériorité.

une sorte de puissante figure du Jugement dernier La révolution françoise a été vaincue dans les de Michel-Ange, compatriote des Arrighetli. Les Jettres par la révolution angloise : la république, sillons creusés par la petite vérole sur le visage l'empire, la restauration, n'ont rien à opposer

de l'orateur, avoient plutôt l'air d'escarres laisau chantre du Paradis perdu : sous les autressées par la flamme. La nature sembloit avoir rapports , excepté sous le rapport moral et reli- moulé sa tête pour l'empire ou pour le gibet, gieux, notre révolution a laissé loin derrière elle

taillé ses bras pour étreindre une nation ou pour la révolution de nos voisins.

enlever une femme. Quand il secouoit sa crinière Quand la révolution de 1649 s'accomplit, les

en regardant le peuple , il l'arrêtoit; quand il communications entre les peuples n'étoient point | levoit sa patte et montroit ses ongles, la plėbe arrivées au point où elles le sont aujourd'hui; * Jusques et y compris le parallèle de Buonaparte et de Cro. les idées et les événements d'une nation n'étoient mwell, tout ce qui suit est extrait, mais fort en abrégé, de mes

Mémoires: Le commencement de chaque paragraphe est guil. pas rendus communs à toute la terre par la mul- I lemeté.

(

couroit furieuse. Au milieu de l'effroyable désor- , à la révolution un pas immense. Ramené à Padre d'une séance , je l'ai vu à la tribune, sombre, ris le 25 du même mois, il avoit été détrôné une laid et immobile; il rappeloit le chaos de Milton, première fois, puisque l'assemblée nationale déimpassible et sans forme au centre de sa confu- clara que les décrets auroient force de loi, sans sion.

qu'il fût besoin de la sanction ou de l'acceptation « Deux fois j'ai rencontré Mirabeau à un ban- royale. Une haute cour de justice, devançant le quet : une fois chez la nièce de Voltaire , madame tribunal révolutionnaire , étoit établie à Orléans. la marquise de Villette ; une autre fois au Palais- Dès cette époque, madame Roland demandoit la Royal, avec des députés de l'opposition que Cha- tête de la reine, en attendant que la révolution pelier m'avoit fait connoître. Chapelier est allé à lui demandát la sienne. L'attroupement du l'échafaud dans le mêmetombereau que mon frère Champ de Mars avoit eu lieu contre le décret qui et M. de Malesherbes.

suspendoit le roi de ses fonctions, au lieu de le En sortant de notre dîner on discutoit des mettre en jugement. L'acceptation de la constiennemis de Mirabeau : jeune homme timide et tution, le 14 septembre, necalma rien. Le décret inconnu, je me trouvois à côté de lui et n'avois du 29 septembre, pour le règlement des sociétés pas prononcé un mot. Il me regarda en face avec populaires, ne servit qu'à les rendre plus violenses yeux de vice et de génie, et m'appliquant sa tes : ce fut le dernier acte de l'assemblée constimain épatée sur l'épaule, il me dit : « Ils ne me tuante; elle se sépara le lendemain, et laissa à la « pardonneront jamais ma supériorité! » Je sens France une révolution éternelle. encore l'impression de cette main, comme si « L'assemblée législative , installée le 1 er octo Satan m'eût touché de sa griffe de feu '.

bre 1791, roula dans le tourbillon qui alloit baTrop tôt pour lui, trop tard pour elle, Mi- layer les vivants et les morts. Des troubles enrabeau se vendit à la cour, et la cour l'acheta. sanglantèrent les départements : à Caen, on se Il risqua l'enjeu de sa renommée devant une

rassasia de massacres et l'on mangea le cæur de pension et une ambassade : Cromwell fut au

M. de Belzunce. Le roi opposa son veto au décret moment de troquer son avenir contre un titre contre les émigrés, et cet acte légal augmenta et l'ordre de la Jarretière. Malgré sa superbe, l'agitation. Pétion étoit devenu maire de Paris. il ne s'évaluoit pas assez haut : depuis , l'abon- Les députés décrétèrent d'accusation, le 1er jandance du numéraire et des places a élevé le prix vier 1792, les princes émigrés : le 2, ils fixèrent des consciences.

à ce jer janvier le commencement de l'an qua« La tombe délia Mirabeau de ses promesses trième de la liberté. Vers le 13 de février, les bonet le mit à l'abri des périls que vraisemblablement nets rouges se montrèrent dans les rues de Paris, il n'auroit pu vaincre : sa vie eût montré sa foi- et la municipalité fit fabriquer des piques. Le blesse dans le bien; sa mort l'a laissé en puissance manifeste des émigrés parut le 1er mars. L'Autriche de sa force dans le mal. »

armoit. Le traité de Pilpitz et la convention entre

l'empereur et le roi de Prusse étoient connus. CLUBS.

Paris étoit divisé en sections plus ou moins hosJl y eut des factieux et des partis en Angleterre, tiles les unes aux autres. Le 20 mars 1792, l’asmais qu'est-ce que les meettings des saints, des semblée législative adopta la mécanique sépulpuritains, des niveleurs, des agitateurs, auprès crale sans laquelle les jugements de la Terreur des clubs de notre révolution? J'ai dit ailleurs

n'auroient pu s'exécuter : on l'essaya d'abord sur (Génie du Christianisme) que Milton avoit placé des morts, afin qu'elle apprit d'eux son œuvre. dans son enfer une image des perversités dont On peut parler de cet instrument comme d'un il avoit été le témoin : qu'eût-il peint s'il avoit bourreau, puisque des personnes touchées de ses vu ce que je vis à Paris dans l'été de 1792, lors- bons services, lui faisoient présent de sommes que, revenant d'Amérique, je traversois la France d'argent pour son entretien'. pour aller à mes destinées ?

« Le ministre Roland ( ou plutôt son étonnante « La fuite du roi, du 21 juin 1791 ', fit faire

femme) avoit été appelé au conseil du roi. Le 20 i Mirabeau se vantoit d'avoir la main très-belle : je ne m'y

avril la guerre fut déclarée au roi de Hongrie et oppose pas; mais j'élois fort maigre et il étoit fort gros, et sa de Bohême. Marat publioit l'Ami du peuple malmain me couvroit toute l'épaule. ? Mes Mémoires,

I Moniteur, no 198.

gré le décret dont lui, Marat, étoit frappé. Le ré-moyens à employer : ils se traitoient de gueux, giment royal allemand et le régiment de Berchivi de gitons, de filous, de voleurs, de massacreurs, desertèrent. Isoard parloit de la perfidie de la à la cacophonie des sifflets et des hurlements de cour. Gensonné et Brissot dénonçoient le comité leurs différents groupes de diables. Les métaautrichien. Une insurrection éclata à propos de phores étoient prises du matériel des meurtres, la garde du roi, qui fut licenciée. Le 28 mai empruntées des objets les plus sales, de tous les l'assemblée se forma en séances permanentes. Le genres de voirie et de fumier, ou tirées des lieux 20 juin le château des Tuileries fut forcé par les consacrés aux prostitutions des hommes et des masses des faubourgs Saint-Antoine et Saint-Mar- femmes. Les gestes rendoient les images sensibles; ceau; le prétexte étoit le refus de Louis XVI de tout étoit appelé par son dom avec le cynisme des sanctionner la proscription des prêtres : le roi chiens, dans une pompe obscène et impie de jucourut risque de la vie. La patrie étoit décrétée rements et de blasphèmes : détruire et produire, en danger. On brûloit en effigie M. de Lafayette. mort et génération, on ne démêloit que cela à Les fédérés de la seconde fédération arrivoient; travers l'argot sauvage dont les oreilles étoient les Marseillois, attirés par Danton, étoient en assourdies. Les harangueurs, à la voix grêle ou marche : ils entrèrent dans Paris le 30 juillet, tonnante, avoient d'autres interrupteurs que leurs et furent logés par Pétion aux Cordeliers.

opposants : les petites chouettes noires du cloître · Auprès de la tribune nationale s'étoient éle- sans moines et du clocher sans cloches s'éjouisvées deux tribunes concurrentes , celle des Jaco- soient aux fenêtres brisées, en espoir du butin; bins et celle des Cordeliers, la plus formidable elles interrompoient les discours. On les rappeloit alors, parce qu'elle donna des membres à la fa- d'abord à l'ordre par le tintamarre de l'impuismeuse commune de Paris, et qu'elle lui fournis- sante sonnette ; mais, ne cessant point leur criailsoit des moyens d'action.

lement, on leur tiroit des coups de fusil pour leur Le club des cordeliers étoit établi dans ce faire faire silence : elles tomboient palpitantes, monastère, dont une amende en réparation d'un blessées et fatidiques, au milieu du Pandæmomeurtre avoit servi à bâtir l'église sous saint nium. Des charpentes abattues, des bancs boiteux, Louis, en 1259 '; elle devint en 1590 le repaire des stalles démantibulées , des tronçons de saints des plus fameux ligueurs. En 1792, les tableaux, roulés et poussés contre les murs, servoient de les images sculptées ou peintes, les voiles, les gradins aux spectateurs crottés, poudreux, souls, rideaux du couvent des cordeliers, avoient été suants, en carmagnole percée, la pique sur l'éarrachés : la basilique écorchée ne présentoit aux paule, ou les bras nus croisés. » Jeux que ses ossements et ses arêtes. Au chevet de l'église , où le vent et la pluie entroient par les

« Les scènes des cordeliers étoient dominées et rosaces sans vitreaux, des établis de menuisier

souvent présidées par Danton, Hun à taille de servoient de bureau au président , quand la séance | Goth, à nez camus, à narines au vent, à méplats se tenoit dans l'église. Sur ces établis étoient

couturés. On parviendroit à peine à former cet déposés des bonnets rouges dont chaque orateur se coiffoit avant de montera la tribune. La tribune homme dans la révolution angloise, en pétrissant

ensemble Bradshaw, président de la commission consistoit en quatre poutrelles arc-boutées et tra- qui jugea Charles Ier; Ireton, le fameux gendre versées d'une planche, dans leur x, comme un

de Cromwel; Axtell, grand exterminateur en échafaud. Derrière le président, avec une statue Irlande ; Scott, qui vouloit qu’on gravật sur sa de la Liberte, on voyoit de prétendus instruments tombe Ci-git Thomas Scott, qui condamna de supplice de l'ancienne justice; instruments rem

le feu roi à mort; Harrison, qui dit à ses juges : placés par un seul, la machine à sang, comme les

« Plusieurs d'entre vous, mes juges, furent acmécaniques compliquées sont remplacées par le

tifs avec moi dans les choses qui se sont pasbelier hydraulique. Le club des jacobins épurés

« sées en Angleterre; ce qui a été fait l'a été emprunta quelques-unes de ces dispositions des

« par l'ordre du parlement, alors la supreme cordeliers.

loi. » Les orateurs, unis pour détruire, ne s'en

« Dans la coque de son église, comme dans la tendoient ni sur les chefs à choisir, ni sur les

carcasse des siècles, Danton organisa l'attaque Elle fut brulée en 1580.

du 10 août et les massacres de septembre; auteur

DANTON.

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