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vent d'origine francoise ou latine; je les ai trans- écrit cet Essai qu'à l'occasion du Paradis perdu. latés par le vieux mot françois, en respectant la l'analyse ses divers ouvrages; je inontre que les rélangue rhythmique et son caractère de vétusté. Je volutions ont rapproché Milton de nous; qu'il est ne crois pas que ma traduction soit plus longue devenu un homme de notre temps; qu'il étoit aussi que le texte; je n'ai pourtant rien passé.

grand écrivain en prose qu'en vers : pendant sa vie Je me suis servi pour cette traduction d'une édi-la prose le rendit célèbre, la poésie, après sa mort; tion du Paradis perdu, imprimée à Londres, mais la renommée du prosateur s'est perdue dans chez Jacob Tonson, en 1725, et dédiée à lord Som- la gloire du poëte. mers, qui tira le fameux poëme d'un injurieux oubli.

Je dois prévenir que, dans cet Essai, je ne me Cette édition est conforme aux deux premières,

suis pas collé à mon sujet comme dans la traducfaites sous les yeux de Milton et corrigées par lui : tion : je m'occupe de tout, du présent, du passé, l'orthographe est vieille; les élisions des lettres, fré-de l'avenir; je vais çà et là: quand je rencontre le quentes; les parenthèses, multipliées; les noms pro- moyen age j'en parle; quand je me heurte contre pres, imprimés en petites capitales.

la Réformation, je m'y arrête; quand je trouve la J'ai maintenu la plupart des parenthèses, puis révolution angloise, elle me remet la nôtre en méque telle étoit la manière d'écrire de l'auteur : elles moire, et j'en cite les hommes et les faits. Si un donnent de la clarté au style. Les idées de Milton royaliste anglois est jeté en geôle , je songe au logis sont si abondantes, si variées, qu'il en est embarque j'occupois à la Préfecture de police. Les poëtes rassé ; il les divise en compartiments, pour les coor

anglois me conduisent aux poëtes françois; lord donner, les reconnoître et ne pas perdre l'idée mère

Byron me rappelle mon exil en Angleterre, mes dont toutes ces idées incidentes sont filles.

promenades à la colline d'Harrow, et mes voyages J'ai aussi introduit les pelites capitales dans

à Venise; ainsi du reste. Ce sont des mélanges qui quelques noms et pronoms, quand elles m'ont paru

ont tous les tons, parce qu'ils parlent de toutes les propres à ajouter à la majesté ou à l'importance du

choses; ils passent de la critique littéraire élevée ou personnage, et quand elles ont fait disparoître des familière, à des considérations historiques, à des amphibologies. Pour le texte anglois imprimé en

récits, à des portraits, à des souvenirs généraux regard de ma traduction, on s'est servi de l'édition

ou personnels. C'est pour ne surprendre personne, de sir Egerton Brydges, 1835 : elle est d'une cor

pour que l'on sache d'abord ce qu'on va lire, pour rection parfaite et convient mieux aux lecteurs de

qu'on voie bien que la littérature angloise n'est ici ce temps-ci.

que le fond de mes stromates ou le canevas de mes Enfin j'ai pris la peine de traduire moi-même de broderies ; c'est pour tout cela que j'ai donné un se

cond titre à cet Essai. nouveau jusqu'au petit article sur les vers blancs, ainsi que les anciens arguments des livres, parce qu'il est probable qu'ils sont de Milton. Le respect

INTRODUCTION. pour le génie a vaincu l'ennui du labeur; tout m'a paru sacré dans le texte, parenthèses, points, virgules : les enfants des Hébreux étoient obligés d'ap

DU LATIN prendre la Bible par coeur depuis Dérésith jusqu'à Malachie.

COMME SOURCE DES LANGUES DE L'EUROPE LATINE. Qui s'inquiète aujourd'hui de tout ce que je viens Lorsqu'un peuple puissant a passé ; que la langue de dire? qui s'avisera de suivre une traduction sur

dont il se servoit n'est plus parlée, cette langue reste le texte? qui saura gré au traducteur d'avoir vaincu monument d'un autre âge, où l'on admire les chefsune difficulté, d'avoir páli autour d'une phrase des d'æuvre d'un pinceau et d'un ciseau brisés. Dire journées entières ? Lorsque Clément mettoit en lu- comment les idiomes des peuples de l'Ausonie demière un gros volume à propos de la traduction vinrent l'idiome latin; ce que cet idiome retint du des Géorgiques, chacun le lisoit et prenoit parti caractère des tribus sauvages qui le formerent; ce pour ou contre l'abbé Delille: en sommes-nous qu'il perdit et gagna par la conversion d'un gouverlà ? Il peut arriver cependant que mon lecteur soit

nement libre en un gouvernement despotique, et quelque vieil amateur de l'école classique, revivant plus tard par la révolution opérée dans la religion de au souvenir de ses anciennes admirations, ou quel- l'État; dire comment les nations conquises et conque jeune poête de l'école romantique allant à laquérantes apportèrent une foule de locutions étranchasse des images, des idées, des expressions, pour gères à cet idiome; comment les débris de cet idiome en faire sa proie, comme d'un butin enlevé à l’en formèrent la base sur laquelle s'élevèrent les dialecnemi.

tes de l'ouest et du midi de l'Europe moderne, seroit Au reste, je parle fort au long de Milton dans le sujet d'un immense ouvrage de philologie. l'Essai sur la littérature angloise, puisque je n'ai Rien en effet ne pourroit être plus curieux et plus

tant, la langue énergique de Tacite, de Lucain, de en Gne Tangue civilisée née d'une langue barbare

instruetif que de prendre le latin à son commence- son temps, la langue latine changeoit dans tous les ment, et de le conduire à sa fin à travers les siècles pays : regionibus mutatur; Festus, au cinquième et les génies divers. Les matériaux de ce travail sont siècle, se plaint de l'ignorance où l'on est déjà tombé déjà tout préparés dans les sept traités de Jean Nic touchant la construction du latin; saint Grégoire colas Funck : de Origine linguæ latinæ tractalus ; le Grand déclare qu'il a peu de souci des solécismes de Pueritia latinæ linguæ tract.; de Adolescentia et des barbarismes; Grégoire de Tours réclame latinæ linguæ tract.; de virili Ætate latinæ linguæ l'indulgence du lecteur pour s'être écarté, dans le tract.; de imminenti latinæ linguæ Senectute tract.; style et dans les mots, des règles de la grammaire de vegeta latinæ linguæ Senectute tract.; de inerli dont il n'est pas bien instruit : non sum imbutus; et decrepita latinæ linguæ Senectute tractatus. les serments de Charles le Chauve et de Louis le

La langue grecque dorique, la langue étrusque Germanique nous montrent le latin expirant; les et osque des hymnes des Saliens et de la Loi des hagiographes du septième siècle font l'éloge des Douze Tables dont les enfants chantoient encore évêques qui savent parler purement le latin, et les les articles en vers du temps de Cicéron , ont pro- conciles du neuvième siècle ordonnent aux évêques duit la langue rude de Duillius, de Cæcilius et d'En de prêcher en langue romane rustique. nius; la langue vive de Plaute, satirique de Lucilius, C'est donc du septième au neuvième siècle, entre grécisée de Térence, philosophique, triste, lente et ces deux époques précises, que le latin se métamorspondaïque de Lucrèce , éloquente de Cicéron et de phosa en roman de différentes nuances et de divers Tite-Live, claire et correcte de César, élégante accents, selon les provinces où il étoit en usage. Le d'Horace, brillante d'Ovide, poétique et concise de latin correct qui reparoît dans les historiens et les Catulle, harmonieuse de Tibulle, divine de Virgile, écrivains à compter du règne de Charlemagne, n'est pure et sage de Phèdre.

plus le latin parlé, mais le latin appris. Le mot laCette langue du siècle d'Auguste (je ne sais à tin ne signifia bientôt plus que roman, ou langue quelle date placer Quinte-Curce) devint, en s'alte romane, et fut pris ensuite pour le mot langue

de Sénèque, de Martial; la langue copieuse de Pline l'Ancien, la langue fleurie de Pline le jeune, la lan- diffère, dans ses éléments, d'une langue barbare gue effrontée de Suétone, violente de Juvénal, ter plus originale , parce qu'elle s'est créée d'elle

émanée d'une langue civilisée : la première doit resobscure de Perse, enflée ou plate de Stace et de Si-même, et qu'elle a seulement developpé son germe; lius Italicus.

la seconde (la langue barbare), entée sur une lanAprès avoir passé par les grammairiens Quinti- gue civilisée, perd sa séve naturelle et porte des lien et Macrobe ; par les épitomistes Florus, Vels fruits étrangers. leius Paterculus, Justin, Orose, Sulpice Sévère; Tel est le latin relativement à l'idiome sauvage par les Pères de l'Église et les auteurs ecclésiasti: qui l'engendra; telles sont les langues modernes de ques, Tertullien, Cyprien , Ambroise, Hilaire de l'Europe latine, par rapport à la langue polie dont Poitiers, Paulin, Augustin, Jérôme, Salvien; par les elles dérivent. Une langue vivante qui sort d'une apologistes, Lactance, Arnobe, Minutius Félix; par langue vivante, continue sa vie ; une langue vivante les panegyristes, Eumène, Mamertin, Nazairius ; qui s'épanche d'une langue morte, prend quelque par les historiens de la décadence, Ammien Marcel- chose de la mort de sa mère; elle garde une foule lin, et les biographes des l'Hisloire auguste ; par de mots expirés : ces mots ne rendent pas plus les les poëtes de la décadence et de la chute, Ausone, perceptions de l'existence que le silence n'exprime Claudien, Rutilius, Sidoine Apollinaire, Prudence, Fortunat: après avoir reçu de la conversion des re- Y a-t-il eu", vers la fin de la latinité, un idiome ligions, de la transformation des meurs, de l'inva- de transition entre le latin et les dialectes modersion des Goths, des Alains, des Huns, des Arabes, nes, idiome d'un usage général de ce côté-ci des etc., les expressions obligées des nouveaux besoins Alpes et du Rhin? La langue romane rustique, si et des idées nouvelles ; cette langue retourna à une souvent mentionnée dans les conciles du neuvième autre barbarie dans le premier historien de ces Francs siècle, étoit-elle cette langue romane, ce provençal qui commencèrent une autre langue, après avoir parlé dans le midi de la France ? Le provençal détruit l'empire romain chez nos pères.

étoit-il le catalan, et fut-il formé à la cour des Les auteurs ont noté eux-mêmes les altérations comtes de Barcelone? Le roman du nord de la successives du latin de siècle en siècle : Cicéron Loire, le roman wallon ou le roman des troures affirme que dans les Gaules on employoit beaucoup res qui devint le françois, précéda-t-il le roman du de mots dont l'usage n'étoit pas reçu à Rome : ver- midi de la Loire ou le roman des troubadours ? La ba non trila Romæ; Martial se sert d'expressions langue d'Oc et la langue d'Oil empruntèrent-elles le celtiques et s'en vante; saint Jérôme dit que, de sujet de leurs chansons et de leurs histoires à des

lais armoricains et à des lais gallois ? Matière d'une des nobles, des ecclésiastiques, des savants et des controverse qui ne finira qu'au moment où le savant commerçants des deux royaumes. Dans le Domesouvrage de M. Fauriel aura répandu la lumière sur day-Book, carte topographique, et cadastre des cet obscur sujet.

propriétés, dressé par ordre de Guillaume le Conquérant, les noms des lieux sont écrits en latin,

selon la prononciation françoise. Ainsi une foule de LA LANGUE ANGLOISE

mots latins entrèrent directement dans la langue DIVISÉE EN CINQ EPOQUES.

angloise par la religion, et par ses ministres, dont

la langue étoit latine; et indirectement, par l'intermé. Parmi les langues formées du latin, je compte la

diaire des mots normands et françois. Le normand langue angloise, bien qu'elle ait une double origine; de Guillaume le Båtard retenoit aussi des expresmais je ferai voir que, depuis la conquête des Norsions scandinaves ou germaniques que les enfants mands jusque sous le règne du premier Tudor, la de Rollon avoient introduites dans l'idiome du pays langue franco-romane domina, et que, dans la langue frank par eux conquis; angloise moderne, une immense quantité de mots

5° L'époque purement dite angloise quand l'an. latins et françois sont demeurés acquis au nouvel glois fut écrit et parlé tel qu'il existe aujourd'hui. idiome.

Ces cinq époques se trouveront placées dans les La langue romane rustique se divisa donc en

cinq parties qui divisent cet Essai. deux branches : la langue d'Oc et la langue d'Oil.

Ces cinq parties se rangent naturellement sous Quand les Normands se furent emparés de la pro

ces titres : vince à laquelle ils ont laissé leur nom, ils appri

1° Littérature sous le règne des Anglo-Saxons, rent la langue d'Oil: on parloit celle-ci à Rouen;

des Danois et pendant le moyen âge ; on se servoit du danois à Bayeux. Guillaume porta les idiomes françois en Angleterre, avec les aventu

2° Liltérature sous les Tudor; riers accourus des deux côtés de la Loire.

3o Littérature sous les deux premiers Stuarts , Mais dans les siècles qui précédèrent, tandis que et pendant la république ; les Gaules formoient leur langage des débris du 4o Littérature sous les deux derniers Stuarts ; latin, la Grande-Bretagne, d'où les Romains s'étoient 5° Liltérature sous la maison d'Hanovre. depuis longtemps retirés, et où les nations du Lorsqu'on étudie les diverses littératures, une Nord s'étoient successivement établies , avoit con- foule d'allusions et de traits échappent, si les usaservé ses idiomes primitifs.

ges et les meurs des peuples ne sont pas assez préAinsi donc, l'histoire de la langue angloise se di- sents à la mémoire. Une vue de la littérature, isolée vise en cinq époques :

de l'histoire des nations, créeroit un prodigieux men1° L'époque anglo-saxonne de 450 à 780. Le

songe : en entendant des poëtes successifs chanter moine Augustin, en 570, lit connoître en Angle- imperturbablement leurs amours et leurs moutons, terre l'alphabet romain;

on se figureroit l'existence non interrompuede l'âge 2. L'époque danoise-saxonne de 780 à l'invasion d'or sur la terre. Et pourtant, dans ceite même des Normands. On a principalement de cette épo- Angleterre dont il s'agit ici, ces concerts retentisque les manuscrits dits d'Alfred et deux traductions soient au milieu de l'invasion des Romains, des des quatre évangélistes;

Pictes, des Saxons et des Danois; au milieu de la 3° L'époque anglo-normande commencée en 1066. conquête des Normands, du soulèvement des baLa langue normande n'étoit autre chose que le neus- rons, des contestations des premiers Plantagenètes trien, c'est-à-dire la langue françoise de ce côté-ci pour la couronne, des guerres civiles de la Rose de la Loire, ou la langue d'Oil. Les Normands se rouge et de la Rose blanche, des ravages de la Réservoient, pour garder la mémoire de leurs chan formation, des supplices commandés par Henri VIII, sons, de caractères appelés runstabath ; ce sont les des bûchers ordonnés par Marie; au milieu des mas. lettres runiques : on y joignit celles qu'Éthicus avoit sacres et de l'esclavage de l'Irlande, des désolations inventées auparavant, et dont saint Jérôme avoit de l'Écosse, des échafauds de Charles Ier et de Sidney, donné les signes ;

de la fuite de Jacques, de la proscription du Pré4. L'époque normande-françoise : lorsque Éléo-tendant et des jacobites; le tout mêlé d'orages parnore de Guienne eut apporté à Henri II les provin- lementaires, de crimes de cour et de mille guerres ees occidentales de la France, depuis la Basse-Loire étrangères. jusqu'aux Pyrénées, et que des princesses du sang L'ordre social, en dehors de l'ordre politique, de saint Louis eurent successivement épousé des se compose de la religion, de l'intelligence et de monarques anglois, les États, les propriétés, les fa- l'industrie matérielle : il y a toujours chez une namilles, les coutumes, les mæurs, se trouvèrent si tion, au moment des catastrophes et parmi les plus mêlés, que le françois devint la langue commune grands événements, un prêtre qui prie, un poëte

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qui chante, un auteur qui écrit, un savant qui mé- | peuples divers sans aucun rapport les uns avec les
dite, un peintre, un statuaire, un architecte, qui autres, mais seulement convenus de vivre sous un
peint, sculpte et båtit; un ouvrier qui travaille. Ces commun maître autour d'un même autel.
hommes marchent à côté des révolutions et sem-

Jusque dans son apparence extérieure, l'Europe blent vivre d'une vie à part : si vous ne voyez qu'eux, offroit alors un tableau plus pittoresque et plus vous voyez un monde réel, vrai, immuable, base

national qu'elle ne le présente aujourd'hui. Aux de l'édifice humain, mais qui paroît fictif, et étran

monuments nés de notre religion et de nos meurs, ger à la société de convention, à la société politi

nous avons substitué, par affectation de l'architecque. Seulement le prêtre dans son cantique, le

ture bâtarde romaine, des monuments qui ne sont poëte, le savant', l'artiste, dans leurs compositions, ni en harmonie avec notre ciel, ni appropriés à nos l'ouvrier dans son travail, révèlent, de fois à autre, besoins; froide et servile copie , laquelle a introduit l'époque où ils vivent, marquent le contre-coup des le mensonge dans nos arts, comme le calque de la événements qui leur firent répandre avec plus d'a- littérature latine a détruit dans notre littérature bondance leurs sueurs, leurs plaintes et les dons de l'originalité du génie frank. Ce n'étoit pas ainsi leur génie.

qu'imitoit le moyen âge; les esprits de ce temps-là Pour détruire cette illusion de deux vues 'pré- admiroient aussi les Grecs et les Romains, ils recher, sentées séparément; pour ne pas créer le mensonge choient et étudioient leurs ouvrages; mais au lieu que j'indique au commencement de ce chapitre; de s'en laisser dominer, ils les maîtrisoient, les fapour ne pas jeter tout à coup le lecteur non préparé connoient à leur guise, les rendoient françois, et dans l'histoire des chansons, des ouvrages et des ajoutoient à leur beauté par cette métamorphose auteurs des premiers siècles de la littérature an- pleine de création et d'indépendance. gloise, je crois à propos de reproduire ici le tableau

Les premières églises chrétiennes dans l'Occident général du moyen âge : ces prolégomènes serviront

ne furent que des temples retournés : le culte païen à l'intelligence du sujet.

étoit extérieur, la décoration du temple fut extė

rieure; le culte chrétien étoit interieur, la déco-
MOYEN AGE.

ration de l'église fut intérieure. Les colonnes pas-
sèrent du dehors au dedans de l'édifice, comme

dans les basiliques où se tinrent les assemblées des
LOIS ET MONUMENTS.

fidèles quand ils sortirent des cryptes et des cataLe moyen âge offre un tableau bizarre qui sem

combes. Les proportions de l'église surpassèrent en ble être le produit d'une imagination puissante, tienne s'entassoit sous la voûte de l'église, et que

étendue celles du temple, parce que la foule chrémais déréglée. Dans l'antiquité, chaque nation sort,

la foule païenne étoit répandue sous le péristyle du pour ainsi dire, de sa propre source; un esprit primitif qui pénètre tout et se fait sentir partout, temple. Mais lorsque les chrétiens devinrent les rend homogènes les institutions et les moeurs. La maîtres, ils changèrent cette économie, et ornèrent société du moyen âge étoit composée des débris de

aussi du côté du paysage et du ciel leurs édifices. mille autres sociétés : la civilisation romaine, le

Et afin que les appuis de la nef aérienne n'en dépaganisme même, y avoient laissé des traces ; la re- parassent pas la structure, le ciseau les avoit tailligion chrétienne y apportoit ses croyances et ses

ladés; on n'y voyoit plus que des arches de ponts, solennités, les Barbares franks, goths, burgondes, des pyramides, des aiguilles et des statues. anglo-saxons, danois, normands, retenoient les usa. Les ornements qui n'adhéroient pas à l'édifice se ges et le caractère propres à leurs races. Tous les marioient à son style : les tombeaux étoient de genres de propriétés se mêloient; toutes les espèces forme gothique, et la basilique, qui s'élevoit comme de lois se confondoient, l'aleu, le fief, la mainmorte, un grand catafalque au-dessus d'eux, sembloit s'e. le code, le digeste, les lois salique, gombette, vi- tre moulée sur leur forme. Les arts du dessin parsigothe, le droit coutumier; toutes les formes de li- ticipoient du goût fleuri et composite : sur les berté et de servitude se rencontroient : la liberté murs et sur les vitraux étoient peints des paysages, monarchique du roi, la liberté aristocratique du des scènes de la religion et de l'histoire nationale. noble, la liberté individuelle du prêtre, la liberté Dans les châteaux, les armoiries coloriées , encollective des communes, la liberté privilégiée des cadrées dans des losanges d'or, formoient des plavilles, de la magistrature, des corps de métiers et fonds semblables à ceux des beaux palais du cinque des marchands, la liberté représentative de la na- cento de l'Italie. L'écriture même étoit dessinée; tion; l'esclavage romain, le servage barbare, la ser-l'hiéroglyphe germanique, substitué au jambage vitude de l'aubain. De là ces spectacles incohérents, rectiligne romain, s'harmonioit avec les pierres séces usages qui paroissent se contredire, qui ne se pulcrales. Les tours isolées qui servoient de vedettes tiennent que par le lien de la religion. On diroit de l sur les hauteurs; les donjons enserrés dans les bois,

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vautours; les ponts pointus et étroits jetés hardiment

MOYEN AGE. sur les torrents; les villes fortifiées que l'on rencontroit à chaque pas, et dont les créneaux étoient à la

COSTUMES. - FÊTES ET JEUX. fois les remparts et les ornements; les chapelles, les oratoires, les ermitages, placés dans les lieux les La population en mouvement autour des édiplus pittoresques au bord des chemins et des eaux ; fices, est décrite dans les chroniques et peinte les beffrois, les flèches des paroisses de campagne, dans les vignettes. Les diverses classes de la société les abbayes, les monastères, les cathédrales : tous ces et les habitants des différentes provinces, se disedifices que nous ne voyons plus qu'en petit nombre, tinguoient, les uns par la forme des vêtements, les et dont le temps a noirci, obstrué, brisé les dentel- autres par des modes locales. Les populations n'ales avoient alors l'éclat de la jeunesse; ils sortoient voient pas cet aspect uniforme qu'une même mades mains de l'ouvrier : l'æil, dans la blancheur de nière de se vêtir donne à cette heure aux habitants leurs pierres, ne perdoit rien de la légèreté de de nos villes et de nos campagnes. La noblesse, leurs détails, de l'élégance de leurs réseaux, de la les chevaliers, les magistrats, les évêques, le clergé variété de leurs guillochis, de leurs gravures, de séculier, les religieux de tous les ordres, les pèleleurs ciselures, de leurs découpures, et de toutes rins, les pénitents gris, noirs et blancs, les ermiles fantaisies d'une imagination libre inépuisable. tes, les confréries, les corps de métiers, les bour

Dans le court espace de dix-huit ans, de 1136 à geois, les paysans, offroient une variété infinie de 1151, il n'y eut pas moins de onze cent quinze châ- costumes : nous voyons encore quelque chose de teaux bâtis dans la seule Angleterre.

cela en Italie. Sur ce point, il s'en faut rapporter La chrétienté élevoit à frais communs, au moyen

aux arts : que peut faire le peintre de notre vêtedes quêtes et des aumônes, les cathédrales dont cha

ment étriqué, de notre petit chapeau rond et de que État particulier n'étoit pas assez riche pour payer

notre chapeau à trois cornes ? les travaux, et dont presque aucune n'est achevée.

e. ,

Du douzième au quatorzième siècle, le paysan Dans ces vastes et mystérieux édifices se gravoient et l'homme du peuple portèrent la jaquette ou la en relief et en creux, comme avec un emporte- casaque grise liée aux flancs par un ceinturon. Le pièce, les parures de l'autel , les monogrammes sa- sayon de peau, le pélicon d'où est venu le surplis, erés, les vêtements et les choses à l'usage des prê-étoit commun à tous les états. La pelisse fourrée tres. Les bannières, les croix de divers agencements, et la robe longue orientale enveloppoient le chevales ealices, les ostensoirs, les dais, les chapes, les lier quand il quittoit son armure : les manches de capuchons, les crosses, les mitres dont les formes cette robe couvroient les mains ; elles ressembloient se retrouvent dans le gothique conservoient les au cafetan turc d'aujourd'hui; la toque ornée de symboles du culte en produisant des effets d'art plumes, le capuchon ou chaperon, tenoient lieu de inattendus. Assez souvent les gouttières et les gar- turban. De la robe ample on passa à l'habit étroit, gouilles étoient taillées en figures de démons obs- puis on revint à la robe, ui fut blasonnée. Les cènes ou de moines vomissants. Cette architecture hauts-de-chausses, si courts et si serrés qu'ils en du moyen âge offroit un mélange du tragique et étoient indécents, s'arrêtoient au milieu de la cuisse; du bouffon, du gigantesque et du gracieux, comme les bas-de-chausses étoient dissemblables; on avoit les poèmes et les romans de la même époque. une jambe d'une couleur, une jambe d'une autre · Les plantes de notre sol, les arbres de nos bois, couleur. Il en étoit de même du hoqueton, mi-parti le trelle et le chêne, décoroient aussi les églises, de noir et blanc, et du chaperon mi-parti bleu et rouge. même que l'acanthe et le palmier avoient embelli

« Et si estoient leurs robes si estroites à vestir et les temples du pays et du siècle de Périclès. Au de- a despouiller qu'il sembloit qu'on les escorchast. Les dans, une cathédrale étoit une forêt, un labyrinthe

« autres avoient leurs robes relevées sur les reins dont les mille arcades, à chaque mouvement du « comme femmes, si avoient leurs chaperons decouspectateur, se croisoient, se séparoient, s'enla- « pés menuement tout en tour. Et si avoient leurs çoient de nouveau. Cette forêt étoit éclairée par des a chausses d'un drap et l'autre de l'autre. Et leur rosaces à jour incrustées de vitraux peints, qui

a venoient leurs cornettes et leurs manches près de ressembloient à des soleils brillant de mille cou- « terre, et sembloient mieux estre jongleurs qu'auleurs sous la feuillée : en dehors, cette même ca- « tres gens. Et pour ce ne fut pas merveilles si thédrale avoit l'air d'un monument auquel on au

« Dieu voulut corriger les mefaits des François par roit laissé sa cage, ses arcs-boutants et ses écha- « son fleau (la peste). » fauds.

Par-dessus la robe, dans les jours de cérémonie, on attachoit un manteau tantôt court, tantôt long. Le manteau de Richard l'étoit fait d'une étoffe à raies, semé de globes et de demi-lunes

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