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D'UN ESSAI SUR LA VIE ET LES OUVRAGES DE L'AUTEUR.

TOME CINQUIÈME.

(@UVRES LITTÉRAIRES.)

ESSAI SUR LA LITTÉRATURE ANGLOISE LE PARADIS PERDU. – MÉLANGES

LITTERAIRES. – POÉSIES.

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CHEZ FIRMIN DIDOT FRÈRES, LIBRAIRES,
IMPRIMEURS DE L'INSTITUT DE FRANCE,

RUE JJCOB, N' 56.

M DCCC XLIII.

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SUR LE GÉNIE DES HOMMES, DES TEMPS ET DES RÉVOLUTIONS.

AVERTISSEMENT.

oublié. Un de mes honorables et savants confrères de l'Académie françoise n'est pas toujours, il est

vrai, d'accord avec l'historien des Bardes; M. de la L'Essai sur la littérature angloise qui précède Rue est Trouvère et M. Raynouard , Troubadour : ma traduction de Milton se compose :

c'est la querelle de la langue d'Oc et de la langue 1° De quelques morceaux détachés de mes an- d'Oil'. ciennes études, morceaux corrigés dans les tyle, rec- L'Idée de la poésie angloise (1749) de l'abbé tifiés pour les jugements, augnientés ou resserrés Yart, la Poétique angloise (1806) de M. Hennel, quant au texte;

peuvent être consultées avec fruit. M. Hennel sait 2° De divers extraits de mes Mémoires , extraits parfaitement la langue dont il parle. Au surplus, qui se trouvoient avoir des rapports directs ou in

on annonce diverses collections , et pour les vrais directs avec le travail que je livre au public;

amateurs de la littérature angloise, la Bibliothe3° De recherches récentes relatives à la matière de

que anglo-françoise, de M. O'Sullivan, ne laissera cet Essai.

rien à désirer. J'ai visité les États-Unis; j'ai passé huit ans exilé

J'ai peu de chose à dire de ma traduction. Des en Angleterre ; j'ai revu Londres comme ambassadeur, après l'avoir vu comme émigré : je crois sa- éditions, des commentaires , des illustrations, des voir l'anglois autant qu'un homme peut savoir une recherches, des biographies de Milton, il y en a par langue étrangère à la sienne.

milliers. Il existe en prose et en vers une douzaine J'ai lu en conscience tout ce que j'ai dû lire sur le de traductions françoises et une quarantaine d'ia sujet traité dans ces deux volumes ; j'ai rarement mitations du Poëte, toutes très-bonnes; après moi cité les autorités, parce qu'elles sont connues des viendront d'autres traducteurs, tous excellents. A la hommes de lettres, et que les gens du monde ne tête des traducteurs en prose est Racine le fils; à s'en soucient guère : que font à ceux-ci Warton, la tête des traducteurs en vers, l'abbé Delille. Evans, Jones, Percy, Owen, Ellis, Leyden, Édouard Une traduction n'est pas la personne, elle n'est Williams, Tyrwhit, Roquefort, Tressan , les col- qu'un portrait : un grand maître peut faire un adlections des historiens, les recueils des poëtes, les mirable portrait; soit : mais si l'original étoit placé manuscrits, etc. ? Je veux pourtant mentionner ici auprès de la copie, les spectateurs le verroient chaun ouvrage françois, précisément parce que les jour.cun à sa manière, et différeroient de jugement sur naux me semblent l'avoir trop négligé : on consa

la ressemblance. Traduire, c'est donc se vouer au cre de longs articles à des écrits futiles ; à peine métier le plus ingrat et le moins estimé qui fut accorde-t-on une vingtaine de lignes à des livres ins. oncques; c'est se battre avec des mots pour leur tructifs et sérieux.

faire rendre dans un idiome étranger un sentiment, Les Essais historiques sur les Bardes, les Jon- une pensée, autrement exprimés, un son qu'ils n'ont gleurs, etc., de M. l'abbé de la Rue, méritent de fixer pas dans la langue de l'auteur. Pourquoi donc ai-je l'attention de quiconque aime une critique saine, " Au moment même où j'écris cet éloge de l'abbé de la Rue, une érudition puisée aux sources et non composée de dont je ne connois que les ouvrages, je reçois, comme un re

merciment, le billet de part qui m'annonce la mort de cet bribes de lectures, dérobées à quelque investigateur l ami de Walter Scott.

CHATEAUBRIAND

TONE W

ou suspendus sur la cime des rochers comme l'aire des limons de son lit, sans s'embarrasser si son onde traduit Milton? Par une raison que l'on trouvera à est pure ou troublée. la fin de cet Essai.

On peut s'exercer sur quelques morceaux choisis Qu'on ne se figure pas d'après ceci que je n'ai mis d'un ouvrage, et espérer en venir à bout avec du aucun soin à mon travail; je pourrois dire que ce temps : mais c'est tout une autre affaire , lorsqu'il travail est l'ouvrage entier de ma vie, car il y a s'agit de la traduction complète de cet ouvrage, de trente ans que je lis, relis et traduis Milton. Je sais la traduction de 10,467 vèrs; lorsqu'il faut suivre respecter le public; il veut bien vous traiter sans l'écrivain, non-seulement à travers ses beautés, façon, mais il ne permet pas que vous preniez avec mais encore à travers ses défauts, ses négligences lui la même liberté : si vous ne vous souciez guère et ses lassitudes; lorsqu'il faut donner un égal soin de lui, il se souciera encore moins de vous. J'en

aux endroits arides et ennuyeux, être attentif à appelle au surplus aux hommes qui croient encore l'expression, au style, à l'harmonie, à tout ce qui qu’écrire est un art : eux seuls pourront savoir ce

compose le poëte; lorsqu'il faut étudier le sens, que la traduction du Paradis perdu m'a coûté d'é

choisir celui qui paroît le plus beau quand il y en a tudes et d'efforts.

plusieurs, ou deviner le plus probable par le caracQuant au système de cette traduction, je m'en tère du génie de l'auteur; lorsqu'il faut se souvenir suis tenu à celui que j'avois adopté autrefois pour de tels passages souvent placés à une grande disles fragments de Milton, cités dans le Génie du tánce de l'endroit obscur, et qui l'éclaircissent : ce Christianisme. La traduction littérale me paroît travail, fait en conscience, lasseroit l'esprit le plus toujours la meilleure : une traduction interlinéaire laborieux et le plus patient. seroit la perfection du genre, si on lui pouvoit ôter

J'ai cherché à représenter Milton dans sa vérité; ce qu'elle a de sauvage.

je n'ai fui ni l'expression horrible, ni l'expression Dans la traduction littérale, la difficulté est de simple, quand je l'ai rencontrée; le Péché a des ne pas reproduire un mot noble par le mot corres

chiens aboyants, ses enfants, qui rentrent dans pondant qui peut être bas, de ne pas rendre pe leur chenil, dans ses entrailles; je n'ai point rejeté sante une phrase légère, légère une phrase pesante, cette image. Ève dit que le serpent ne vouloit point en vertu d'expressions qui se ressemblent, mais qui lui faire du mal, du tort; je me suis bien gardé n'ont pas la même prosodie dans les deux idiomes. de poétiser cette naïve expression d'une jeune

Milton, outre les luttes qu'il faut soutenir contre femme qui fait une grande révérence à l'arbre de la son génie, offre des obscurités grammaticales sans Science après avoir mangé du fruit : c'est comme nombre; il traite sa langue en lyran, viole et mé- cela que j'ai senti Milton. Și je n'ai pu rendre les prise les règles : en françois, si vous supprimiez ce beautés du Paradis perdu, je n'aurai pas pour qu'il supprime par l’ellipse; si vous perdiez sans excuse de les avoir ignorées. cesse comme lui votre nominatif, votre régime; Milton a fait une foule de mots qu'on ne trouve si vos relatifs perplexes rendoient indécis vos anté- pas dans les dictionnaires : il est rempli d'hébraïscédents, vous deviendriez inintelligible. L'invoca- mes, d'hellénismes, de latinismes : il appelle, par tion du Paradis perdu présente toutes ces diffi- exemple, un Commandement, une Loi de Dieu, cultés réunies : l'inversion suspensive qui jette à la la première fille de sa voix; il emploie le génitif césure du septième vers le Sing, heavenly Muse, absolu des Grecs, l’ablatif absoludes Latins. Quand est admirable; je l'ai conservée afin de ne pas tom

ses mots composés n'ont pas été trop étrangers à ber dans la froide et régulière invocation grecque notre langue dans leur étymologie tirée des lanet françoise, Muse céleste, chante, et pour que gues mortes ou de l'italien, je les ai adoptés : ainsi l'on sente tout d'abord qu'on entre dans des ré- j'ai dit emparadisé, fragrance, etc. Il y a quelgions inconnues : Louis Racine l'a conservée égale- ques idiotismes anglois que presque tous les traducment, mais il a cru devoir la régulariser à l'aide teurs ont passés, comme planet-struck : j'ai du d'un gallicisme qui fait disparoître toute poésie : moins essayé d'en faire comprendre le sens, sans c'est ce que je l'invite à chanter, Muse céleste. avoir recours à une trop longue périphrase.

Milton, après ce début, prend son vol, et pro- Au reste, les changements arrivés dans nos inslonge son invocation à travers des phrases incidentitutions nous donnent mieux l'intelligence de tes et interminables, lesquelles produisant des ré- quelques formes oratoires de Milton. Notre langue gimes indirects, obligent le lecteur à des efforts est devenue aussi plus hardie et plus populaire. Mil. d'attention, antipathiques à l'esprit françois. Point ton a écrit comme moi, dans un temps de révolud'autre moyen de s'en tirer que de couper l'invo- tion, et dans des idées qui sont à présent celles de cation et l'exposition, de régénérer le nominatif notre siècle : il m'a donc été plus facile de garder dans le nom ou le pronom, Milton, comme un ces tours que les anciens traducteurs n'ont pas fleuve immense, entraîne avec lui ses rivages et les hasarder. Le poëte use de vieux mots anglois, sou

osé

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