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pyrrhonisme. Or, le pyrrhonisme parfait, s'il étoit

possible d'y arriver, ne seroit qu'une parfaite folie, unc « maladie destructive de l'espèce humaine. De là vient que « le même sentiment qui nous attache à l'existence nous « force de croire et d'agir conformément à ce que nous « croyons.

11 se forme malgré nous dans notre entendea ment une série de vérités inébranlables au donte, soit « que nous les ayons acquises par les sens ou par quelque « autre voie. De cet ordre sont toutes les vérités nécesv saires à notre conservation, toutes les vérités sur les

quelles se fondent le commerce de la vie et la pratique « des arts et métiers indispensables. Nous croyons invin« ciblement qu'il existe des corps doués de certaines pro« priétés, que le soleil se lèvera demain, qu'en confiant « des semences à la terre elle nous rendra des moissons.

Qui jamais douta de ces choses et de mille autres sem« blables ? « Dans un ordre différent, nous ne doutons pas

da« vantage d'une multitude de vérités que la science cons« tate; et c'est cette impuissance de douter, ou du moins, « si i'on doute, l'assurance d'être déclaré fou, ignorant, « inepte, par les autres hommes, qui constitue toute la a certitude humaine. Le consentement commun (sensus « communis) est pour nous le sceau de la vérité; il n'y en a « point d'autre. Supposons en effet que les hommes, dans « les mêmes circonstances, fussent affectés de sensations, « de sentimens contraires, formassent des jugemens op« posés, aucun d'eux ne pourroit rien nier, rien affirmer, « parce qu'aucun d'eux ne trouveroit en soi de preuves « déterminantes en faveur de ce qu'il sent et de ce qu'il

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juge. Sa raison étonnée s'arrêteroit en silence devant « la raison d'autrui, comme nous nous arrêterions,

pleins de surprise et de doute, devant des miroirs qui,

placés en face du même objet en réfléchiroient des ima< ges dissemblables.

« Qu'il y ait contradiction entre les rapports des sens, « les témoignages intérieurs de l'évidence, ou les juge« mens raisonnés de plusieurs individus ; sur-le-champ « le défaut d'accord produit l'incertitude, et l'esprit de-« meure en suspens jusqu'à ce que le consentement com« mun ramène avec soi la persuasion. Un principe, un « fait quelconque est plus ou moins douteux, plus ou « moins certain, selon qu'il est adopté, attesté plus ou « moins universellement. Toutes les idées humaines sont « pesées à cette balance ; les hommes n'ont point d'autre « règle pour les apprécier. »

Et voilà comment s'exprime celui qu'on accuse de nier la vérité et l'erreur, le bien et le mal. Où avez-vous vu qu'il dise que la raison ne puisse servir à conduire à la vérité? Il dit seulement qu'elle ne peut par ellemême arriver à la certitude , et qu'il faut qu'elle s'aide de l'autorité ou d'une raison plus générale qui la redresse quand elle s'égare *.

sens

>

Répétons ici l'explication qu'on a déjà donnée : « Un moyen infaillible de certitude est celui qui ne peut pas tromper. Or, les

le sens intime ou ce qu'on prend pour tei, le raisonnement ou la raison particulière de l'homme, le trompent souvent.

« Donc , ni les sens , ni le sens intime , ni la raison particulière

On fait cette objection : L'homme réduit à lui-même ne peut s'assurer d'aucune vérité ; mais comment arrivera-t-il à croire cette vérité, que l'autorité est une règle infaillible de cerlitude ? Parce que c'est là une de ces vérités qu'il n'est pas possible à la raison, je ne dis pas de prouver, mais de ne pas croire, et que M. de la Mennais ne constate que des faits ; parce que Dieu , que le genre humain se conservat, encore que les individus périssent, n'a pas voulu que le genre humain se trômpât, encore que les individus pussent errer; parce

ayant voulu

de l'homme , ne sont des moyens infaillibles de certitude. Ce n'est pas à dire que les sens , le sens intime et la raison particulière de l'homme le trompent toujours , mais c'est à dire que l'homme ne trouve en lui-même aucun moyen infaillible de reconnoître d'une manière certaine si ses sens , son sentiment intime, sa raison particulière , ne le trompent pas.

« Ce n'est pas à dire non plus que l'homme puisse et doive rejeter le rapport des sens , son sentiment intime , ou le jugement de sa raison particulière. Non : le rapport des sens , le sentiment intime , la raison particulière de l'homme , sont, chacun dans son ressort , ane autorité privée à laquelle , quoiqu'elle puisse se tromper, et qu'elle se trompe souvent en effet , il est forcé de croire et de s'en rapporter, faute de mieux , en mille et mille circonstances.

« Mais aussi le rapport des sens , le sentiment intime , la raison de plusieurs hommes , sont une autorité plus grande , et qui, toutes choses égales d'ailleurs , doit l'emportér sur l'autorité particulière d'un seul. Enfin, le rapport des sens , le sentiment intime , la raison de l'universalité des hommes, voilà l'autorité la plus grande possible sur la terre, et par conséquent le moyen le plus sûr de parvenir à la certitude; car cette autorité n'est autre chose que le rapport des sens le sentiment intime , la raison humaine élevée à sa plus haute puissance. »

que

l'homme doit tout à cette autorité; et comme il reçoit d'autrui les alimens nécessaires à la vie physique, il en reçoit aussi la nourriture de l'intelligence. C'est à la famille que l'enfant doit tout d'abord ; et comme la famille où il est né est l'image de cette première famille dont Dieu étoit le père, il doit rechercher, dès que sa raison est formée, tout ce que Dieu a dit à cette première famille. Ce que tous les peuples croient appartient à cette première tradition. Tout ce qui leur est particulier en est une altération. Ainsi donc l'homme en rapport avec la société l'est avec Dieu même. Rompez ce lien , que reste-t-il à l'homme isolé? Je laisse à chacun de mes lecteurs à se représenter ce qne seroit l'homme abandonné à sa naissance, et n'ayant aucune communication avec des êtres humains, quand il parviendroit même à conserver la vie.

L'existence de Dieu, l'immortalité de l'ame, la nécessité d'un culte, les peines et les récompenses pour les bons et les méchans, etc.; ces vérités, défendues par le consentement commun, n'ont plus besoin de démonstrations (consensus omnium probat esse rem, Cic. ), puisque c'est se déclarer en état de folie que de vouloir contredire le genre humain ; et ainsi le scepticisme est détruit à jamais. Tout le christianisme découle de ces vérités, puisque le christianisme n'est que la religion de tous les temps, qui a reçu le sceau d'une nouvelle révélation. Dans toutes les religions il y a des vérités qui sont communes à toutes, et ces vérités appartiennent au christianisme. Les erreurs sont particulières à chacune ; elles n'appartiennent plus à la tradition générale; elles ne sont plus appuyées sur le consentement commun. Il n'y a pas dans le christianisme une verité qui ne se trouve chez tous les peuples; mais le christianisme seul représente fidèlement les premières vérités révélées par Dieu au premier homme. Or le principe sur lequel M. de la Mennais fait reposer la philosophie est le même sur lequel est fondée la religion, et ceux qui l'attaquent ne font pas attention qu'ils répondent tous les jours aux incrédules comme M. de la Mennais leur répond à euxmêmes. Vous détruisez la raison, disent les philosophes, en établissant l'autorité. Vous dites, croyez sans examen, croyez ce que vous ne pouvez comprendre. On répond qu'on ne détruit pas la raison, mais qu'on ne lui permet que d'examiner si les titres de l'autorité qu'on lui propose sont valides. Après cela on l'oblige à croire tout ce qu'enseigne l'autorité. M. de la Mennais ne dit pas autre chose.

En un mot, l'autorité est la règle, dit M. de la Mennais. Deux hommes disputent sur l'existence de Dieu : la raison de l'un lui dit que Dieu n'est pas; la raison de l'autre lui affirme qu'il est. Où est l'évidence certaine ? L'autorité est invoquée; le genre humain dépose que Dieu est; dès lors l'existence de Dieu est un fait qu'il n'est plus possible de nier sans se déclarer fou. Ainsi donc, parce que les philosophes n'avoient pas découvert cette règle innée en nous,

et ne l'avoient pas encore exposée, leur orgueil se révolte, et pourquoi ? Le genre humain vit sur ce principe, sans s'inquiéter si les philosophes l'ont reconnu ou nie; et il est bien plus important que

le

genre humain ne se soit pas trompé, que quelques rêveurs qui ont élevé systèmes sur systèmes pour en venir enfin à un désolant scepticisme.

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