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volume, en combattant les trois sytèmes généraux d'incrédulité, que le principe fondamental de l'hérésie , du déisme et de l'athéisme est la souveraineté de la raison individuelle , c'est-à-dire, que l'hérétique, le déiste et l'athée soutiennent que la raison particulière de chacun est la règle de ses croyances, en sorte qu'ils n'admettent comme vrai que ce qui est démontré à cette même raison, ce qui les conduit inévitablement au scepticisme universel, considère dans le second volume l'homme dans l'état où l'hérétique, le déiste et l'athée se placent volontairement.

L'homme dès lors, cet être contingent, rejetant Dieu, être nécessaire , est forcé de se nier lui-même, puisqu'il n'aperçoit plus de raison de son existence.

Il ne peut donc avoir la certitude rationnelle de rien, et doit par conséquent demeurer dans le doute. Cependant cet état est impossible. Il y a en lui quelque chose qui le force invinciblement à croire mille et mille choses dont il n'a aucune preuve certaine ; d'où il résulte que le doute , et par conséquent l'isolement de la raison qui produit ce doute , sont opposés à sa nature. Cet homme croira donc nécessairement. En cet état, que doit-il raisonnablement regarder comme certain ? Ce que tout le genre humain croit. Il croira donc ce qui sera appuyé sur l'autorité des autres hommes, et voilà le fondement de sa certitude, en voilà la raison dernière. Il lui est impossible d'en assigner une autre , avant d'avoir trouvé Dieu. Il ne peut dire, comme le philosophe religieux, Mes sens s'accordant à croire à l'existence des corps, Dieu me jetteroit lui-même dans l'illusion, si les corps n'existoient pas réel

lement; puisque celui à qui s'adresse M. de la Mennais nie Dieu de droit ou de fait. M. de la Mennais montre ensuite au sceptique le genre humain tout entier attestant l'existence de Dieu, l'immortalité de l'ame, les peines et les récompenses d'une autre vie, etc. Dieu une fois reconnu

en lui se trouve la certilude absolue , parce qu'il est seul la dernière raison des choses, et l'autorité de l'Église n'est encore que l'autorité de Dieu même. Ainsi donc M. de la Mennais force l'homme qui raisonne rigoureusement à admettre l'autorité de l'Église, ou à rejeter l'existence de Dieu, et par là toute certitude. Voilà ce que dit M. de la Mennais. Que deviennent les difficultés qu’on a faites contre son livre? On voit comment il nie la certitude rationnelle des axiomes de géométrie , les vérités physiques, et à quoi se réduit cette dernière objection, que l'homme, incapable par luimême d'acquérir aucune vérité, ne pourroit même acquérir celle-ci, que l'autorité est le seul et unique fondement de certitude.

Mais à quoi sert, dit-on, de remuer toutes ces questions? Parce qu'il faut accommoder les remèdes aux maladies , et que, la plaie de ce siècle étant le scepticisme, M. de la Mennais a dû présenter aux sceptiques un moyen de revenir à la vérité.

QUELQUES

OBSERVATIONS RESPECTUEUSES

AUX

ADVERSAIRES DE M. DE LA MENNAIS;

Par M. R......

L'opposition momentanée qu'éprouve le deuxième volume de l’Essai, de la part de quelques personnes, provient, à ce qu'il paroît, de la persuasion où elles sont que l'auteur va trop loin , qu'il renverse toutes les thèses de logique sur la relation des sens , le sens intime, le raisonnement ; qu'il détruit la preuve des miracles et de l'inspiration des prophètes, etc. Il me semble, au contraire, que, si on veut bien s'attacher moins aux mots qu'à la chose, on se convaincra que M. de la Mennais ne va qu'au but, qu'il ne renverse que l'erreur et l'orgueil, qu'il établit la certitude sur le seul fondement inébranlable, et qu'au fond l'école est d'accord avec lui.

Pour commencer par ce dernier point , je m'adresserai aux adversaires de M. de la Mennais, dont les principaux, à ce qu'on dit, sont défenseurs nés des thèses de l'école ;

ma

et je leur dirai: Autant que je puis vous comprendre, vous m'assurez

que

la relation de mes sens, mon sens intime, ma raison individuelle , sont pour moi autant de moyens infaillibles de connoître la vérité, je dirois presque autant de machines à certitude que je n'ai qu'à mettre en mouvement pour leur faire produire leur effet immanquable. Mais d'après cela il me semble que, pour avoir la certitude toutes les fois que je voudrai et sur quoi je voudrai, je n'ai pas besoin de vous , ni de vos savans auteurs, ni de vos traités de logique et de morale ; que je n'ai pas besoin d'aller me casser la tête sur les bancs pour graver dans mémoire les règles du syllogisme et du dilemme, méditer les oracles de Bossuet, de Leibnitz, de Malebranche, de Descartes, en un mot me fatiguer l'esprit pour apprendre à raisonner juste, comme on se fatigue le corps pour apprendre à faire des armes. Si cela est, messieurs , je puis vous assurer que vous rendez un très grand service et que vous faites un très grand plaisir à plus d'un élève en philosophie.

Il paroît que vous êtes jeune encore, me direz-vous ; car vous oubliez que pour être juste la raison des jeunes gens a besoin d'être formée auparavant sur l'expérience et la raison supérieure de personnes plus âgées.

Que dites-vous là ? Quoi ! ma raison particulière, qui, selon vous , m'est par elle-même une règle infaillible de vérité, soit qu'elle juge sur la relation de mes sens ou sur mon sens intime, soit qu'elle tire des conséquences d'une vérité déjà connue, ma raison particulière a cependant besoin , pour devenir juste et infaillible, d'être formée sur l'expérience et la raison de gens plus habiles que moi? Elle n'est donc pas infaillible par elle-même, ou bien elle n'a pas besoin d'être formée par personne. Nous ne voulons

pas

dire cela. Mais, tout en soutenant que la relation des sens, le sens intime, la raison individuelle, sont pour l'homme, même isolé, des moyens infaillibles de certitude , nous ajoutons néanmoins que, dans l'emploi que ce même homme fait de ces règles infaillibles de vérité, il peut se glisser bien des erreurs, dont les principales sources sont au nombre de six , savoir : la précipitation, les préjugés, les passions , l'illusion des sens , l'imagination, et l'ignorance',

C'est bien fait, messieurs , d'apprendre aux jeunes gens qu'avec leurs trois moyens infaillibles de certitude il est encore possible qu'ils se trompent. Autrement ils se croiroient tous des oracles. Pour moi, je vous confesse que je me sens devenir dès ce moment un peu plus humble que je n'étois tout à l'heure. Car je vois bien, d'après ce que vous venez de dire , que, tant que je ne serai pas sûr d'être exempt de toutes ces sources d'erreurs, je ne serai sûr de rien , malgré mes trois moyens infaillibles d'être sûr de tout. Mais enfin

que

faut-il fasse pour me garantir de tant de causes d'erreur ?

Il faut observer certaines conditions, certaines règles qu'on enseigne dans les écoles. Par exemple, il faut, pour qu'il y ait certitude dans la relation des sens, que cette rela

que je

* Voyez la Philosophie, imprimée à Lyon , chez Ruzand, et employée dans les principaux diocèses de France, t. 1, pag. 152, édit. de 1810.

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