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Or, il n'y a rien de tout cela dans l'établisse ment du Christianisme. Au contraire , tous ces moyens lui ont manqué, et se sont tournés pour Ini en obstacles humainement invincibles : car n'ayant à opposer que la patience aux efforts vio. lens de la puissance temporelle , il a eu en même temps à lutter contre sa propre doctrine , contre les dispositions et les préjugés de ceux à qui elle était annoncée, et contre les qualités personnelles de cenx qui la préchaient.

19. L'esprit et le coeur de tous les hommes de vaient naturellement repousser la doctrine chretienne.

Non seulement elle était nouvelle , elle était encore , de l'aveu de ceux qui la prêchaient, une folie aux yeux de la raison humaine , ( 1 Cor. 1.). Un pauvre charpentier , Fils de Dieu , Dieu luimême , né dans une crêche, fuyant en Egypte pour échapper aux poursuites d’un roi ombrageux; caché dans l'obscurité d'une boutique pendant trente années consécntives; puis haï et méprisé, pendant trois ans, des principaux de sa nation; saisi par une troupe de soldats , abandonné de ses disciples, moqué, souffle!é, traité comme un fou , flagelle comme un vil malfaiteur, crucifié entre deux larrons, tandis que ses ennemis tournaient en dérision sa puissance , et le défiaient de descendre du bois de son supplice; ce même Dieu ressuscité, régnant glorieux au Ciel, devant juger sévèrement les bom. mes , et punir par des châtimens effroyables et

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éternels l'inobservation de la morale évangélique : voilà des dogmes très-propres, sans aucun doute , à révolter l'esprit de tous les hommes.

La morale ne favorisait aucune passion; elle les contredisait toutes elle les attaquait toutes de front; elle voulait que l'homme renoncât à lui-meme en tout ce qui plaît à la nature corrompue ; elle interdisait sévèrement toute vengeance et même tout ressentiment des injures les plus atroces ; elle exigeait une douceur et une patience à l'éprelive des traitemens les plus injustes ; elle allait jusqu'à obliger à rendre le bien pour le mal, à aimer comme soi-même un enuemi mortel. Elle ne défendait pas

seulement les actions mauvaises, mais meme les désirs et les simples pensées; elle enseignait qu'on doit se détacher de tous les biens de ce monde, n'en user qu'en passant et avec modération ; le bonheur qu'elle promettait était pour une autre vie , et ce bonheur, tout différent de ce qui char. me les sens et de ce que recherche la nature , devait être la récompense de la fidélité persévérante avec laquelle l'bomme aurait suivi, durant celle vie terrestre,

Jésus-Christ

pauvre,

humilié, crucilié.

Mais, dit-on, la sublimité des dogmes et la pu: relé de la morale du Christianisme lui donnaient un avantage immense sur les religions dominantes.

Qu'importent la sublimité des dogmes et la pureté de la morale , quand les dogmes et la morale sont directement contraires à l'orgueil et aux pas.

soin que

sions des hommes? Si nous voyons aujourd'hui un grand nombre d'incrédules , quoique la foi n'ait plus à combattre, comme dans les premiers siècles , ni les projges de l'éclucation, ni ceux de l'habitude et de la politique , et que même ces préjugés la favorisent, avec quelle apparence de raison peut-on avancer que les apôtres n’eurent be

de
proposer leur doctrine

pour

s'attacher une multitude innombral»le de prosélytes? Remar. quous, d'ailleurs

, que les dogmes sublimes du Christianisine n'étaient nullement à la portée du people , et que les philosophes devaient être révoltés de ces mystères qui confondaient leur science ; que la sévérité de sa morale pouvait être goûtée tout au plus d'un petit nomhre il'hommes raisonnables qui ne font secte nulle part ; et qu'il ne

ne sulit pas de proposer une belle morale

pour la faire pratiquer. Or, il est incontestable

que la morale évangélique fut non seulement spéculativement adoptée , mais admirablement pratiquée par les chrétiens des premiers jours de l'Eglise : nos incrédules ne le contestent pas , puisqu'ils prétendent, au contraire, que les vertus des premiers chrétiens ont été la cause des progrès de la Religion. C'est , en vérité, une explication singulièrement satisfaisante. On demande comment une doctrine qui choquait tous les préjugés régnans , toutes les opinions, a pu s'établir; et on répond qu'elle s'est établie parce qu'elle combattait de plus tous les penchans, toutes les inclinations

de l'homme. Ainsi, les idolâtres ont quitté leurs dieux, à cause qu'on leur a dit de quitter encore leurs biens; ils ont cru aux mystères de la religion chrétienne, afin d'avoir la consolation de se priver de tous les plaisirs, de vivre pauvres , humiliés , inéprisés , et de mourir dans les tourmens. Il ne reste qu'à dire aussi qu'ils durent ètre fortement attirés par la discipline de l'Eglise , par les jeûnes, les prières, les veilles, la confession publique, les longues et sévères pénitences , et l'obligation «lobéir à des pasteurs qui leur commandaient de renoncer aux spectacles, aux fêtes, à tout ce que le peuple , dans sa corruption , regardait comme aussi nécessaire que les alimens mêmes , panem et cir

censes.

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2". Au temps de Jésus-Christ et des apôtres , l'idolàtrie était la religion de l'empire. Ses fêtes, ses pontifes , ses augures, toutes les observances de son culte faisaient partie de l'ordre blic. Comment les Grecs et les Romains, ces peuples clédaigneux et corrompuis, auraient-ils élédisposés à quitter des superstitious anciennes et domestiques , qui tlattaient l'imagination, les sens , les passions, la vanité nationale , pour un culte étranger qui ne respirait que la pauvreté, les humiliations et la fuite des plaisirs ? Quelques sages avaient senti le ridicule des fables populaires; mais ou les conduisait leur prétendue sagesse? Elle avait amené Lucrèce à rejeter jusqu'à l'existence de Dieu ; Cicéron et Sénèque, à dé

clarer qu'on doit suivre la Religion que l'on trouve etablie. D'ailleurs, quelle que fût l'opinion des philosophes et des

gens

de lettres , le people n'était rien moins

que

désabusé ; et l'idolàtrie devait si peu

tomber d'elle-même par les progrès de la philosophie et des lumières, qu'elle se soutint encore quelque temps sous les

empereurs

chrétiens, (car le culte des Dieux fut toléré jusqu'à Théodose); el que l'on vit les philosophies, un Celse , un Porphyre, un Jamblique , un Hiéroclès, un Julien, un Libanius, un Symmaque , s'en déclarer les défensenrs , lorsqu'elle était près de succomber aux altaques du Christianisme.

On peut même dire qu'elle reposait sur tous les appuis , qui naturellement pouvaient en perpétuer l'existence. Tout , dans ses dogmes , plaisait aux sens, tout y contentait l'imagination. Il en était ainsi de son culte : pour honorer les dieux, on s'assemblait dans des temples superbes; des prétres vêtus magnifiquement immolaient des victimes ornées avec pompe; les magistrats rehaussaient par leur présence l'éclat de la cérémonie; l'air était embarimé des plus doux parfums , et retentissait d'acceus mélodieux : le sacrifice était suivi de festins, de danses, de jeux, de spectacles. La morale des païens ne gênait pas les passions; au contraire, elle les flattait. Les désordres pour lesquels l'homme a tant de penchant, étaient autorisés et consacrés par

les exemples des dieux. On ne punissait , dans le Tartare , que certains crimes monstrueux,

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